genre
Les cons, entre mille spécialités, ont celle de se phorographier pour ne rien dire. Ils aiment à se flasher à table, ou bien devant un mur, voire encore sur le fond du ciel.

Vol au dessus d'un nid de cocu
San Antonio


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Exercice de style : l'insupportable imbécillité de l'américanisation soviétique du genre

Cette page d'un bloc-notes fut publié dans le magazine BoOks en juin 2012. Il fut censuré (par inadvertance ? sciemment ?) en avril 2015 et disparut alors du site du journal. On veut espérer qu'il pourra reparaître normalement un jour et ne sera pas remplacé par le discours dictatorial de la pseudo-bienséance américaine (ou soviétique, bien sûr). Il est vrai que notre monde dominé par la terreur des autoportraits (selfies) se prête très mal à la pensée intelligente ou simplement rationnelle et qu'il serait sans aucun doute aujourd'hui impossible de publier San Antonio.

La langue française est irrégulière, et c'est tant mieux. Son genre marqué, contrairement à ce que veulent nous faire croire les ignares, est le féminin (c'est d'ailleurs pourquoi neutre et masculin se confondent). Et c'est un bien piètre paravent contre la domination des femmes par les hommes que de s'en prendre à la langue, au lieu de mettre en pratique leur participation effective au pouvoir. La déconstruction de la langue est le signe de la perte de mémoire qui préside au retour pré-humain du temps où l'homme avait des « voix », et où il ne connaissait pas l'écriture. L'Académie française, naguère, écrivait : « L’instauration progressive d’une réelle égalité entre les hommes et les femmes dans la vie politique et économique rend indispensable la préservation de dénominations collectives et neutres, donc le maintien du genre non marqué chaque fois que l’usage le permet. Le choix systématique et irréfléchi de formes féminisées établit au contraire, à l’intérieur même de la langue, une ségrégation qui va à l’encontre du but recherché », mais le fera-t-elle encore en 2020 ?

Les langues structurent la pensée. C'est ce qui fait tout l'intérêt de leurs différences. L'anglo-américain est structuré autour de la différence entre ce qui relève de l'être humain et ce qui correspond au reste du monde. C'est pourquoi le masculin et le féminin y sont peu employés, sinon pour faire la différence des sexes, mâle et femelle, et non masculin et féminin, comme en français. Il est donc ridicule de reprendre les poncifs de la bienséance anglo-américaine en français. D'ailleurs, ceux qui imposent l'« auteure » écrivent sans hésiter que Simone de Beauvoir est un grand nom de la cause des femmes et un important témoin de son temps, se rendant compte inconsciemment de leur idiotie (une grande nome !, une importante témoine !) Et, bien sûr, cela n'a rien à voir avec l'orthographe, par définition instable, mais bien avec le lien profond qui existe entre la langue et la pensée. Nous sommes dans la dictature, hélas, qui pense que la connaissance peut être le résultat d'un vote démocratique (et souvent anonyme). Restera-t-il quelques esprits indépendants ? On doit s'interroger.

Rien n'égale en effet la puissance de la bêtise. Un signe récent de cette dictature : non contents d'avoir remplacé les droits de l'homme par les droits humains —usage aberrant et ambigu de l'adjectif— certains imbéciles n'en ont pas assez mais souhaitent que les humain(e)s (sic) soient pris en compte le cas échéant, puisque, hélas, l'humain substantivé est masculin. Au surplus utiliser en référence aux animaux « les humains », au lieu de « l'homme », implique qu'il y a plusieurs espèces humaines !

Chaque langue a ses spécificités, aussi bien syntaxiques que sémantiques. Il serait dommage que nous allions vers un pot-pourri brunâtre mêlant au hasard les particularités de chacune. Le français a deux genres, repérés, à la différence de la sexualité anglo-américaine (male and female), par un genre marqué, le féminin, et le genre non marqué masculin/neutre. La langue est féminine, le langage masculin (neutre). Nous avons barques et navires, pirogues et canoës, chaises et fauteuils. Nous avons villes et villages, toits et toitures, maisons et hôtels. Il n'y a rien là qui puisse choquer, ou qui puisse nuire à la condition féminine, qui devrait avoir bien d'autres chats à fouetter. Mais au lieu de prendre la question au sérieux, beaucoup ont la stupidité de se rendre à la mode américaine, et d'ajouter un e muet à l'auteur quand elle est femme ou professeur. Une fois encore nous avons abdiqué devant la dictature américaine d'une bienséance langagière qui confond l'individu et ses désirs infantiles avec la puissance sociale ultime. Est-il encore temps de réagir ? Et que dirions nous du texte suivant, que nous lirons bientôt ? Anne-Marie de Vilaine, qui défendait la cause des femmes, doit s'en retourner dans sa tombe...

"Appelé sous les drapeaux le jeune recru préparait fébrilement sa valise. Il allait quitter sa demeure. Que devait-il emporter avec lui ? Les rumeures les plus fantaisistes avaient couru, et l'on pensait que presque rien ne serait fourni aux jeunes soldat(e)s. L'auteure qui signait l'appel était une générale de brigade. Elle indiquait simplement qu'il fallait se présenter le lendemain à 7 heures et qu'un sentinel serait à l'accueil pour orienter les recru(e)s. Ne pas se présenter exposait à de graves poursuites, diligentées par la procureure du Tribunal de Wouhahoo, Nebraska. Il n'était pas trop inquiet cependant parce qu'un star très connu de la chanson, lui aussi mobilisé, devait l'accompagner.

Convoqué ce matin là, le jeune recru passa devant le sentinel. Il ne savait pas s'il devait saluer, ni comment. Il était un person assez timide. Pourtant sa mère, officière de réserve et médecine dans la vie civile, lui avait prodigué d'excellents conseils: elle avait oublié le salut. Et sa timiditée l'empêchait de penser. Il avait quitté le lycé l'année précédente. Il avait d'abord envisagé devenir danseur. Et dans sa chambre on trouvait des affiches représentant Rudolf Noureev, peut-être le  plus grand étoil de l'Opéra de Paris, lors de ses adieux à la scène. Mais il s'était blessé à la jambe en faisant trop d'exercices. Depuis, son parcours avait été une véritable odyssée. Le prestige de l'uniforme lui avait fait alors envisager le métier de gardien de musé, mais il fallait pour cela passer un concours. La rumeure disait que la voie militaire était plus aisée, elle avait d'ailleurs une grande popularitée auprès de ses camarades et elle faisait fureure.

Il devait d'abord traverser un long couloir, occupé par une une série d'individu(e)s et soumis à un bruit de moteur assourdissant. Un grand brut le bouscula sans douceure, le hérissant d'horreure. Puis il arriva devant une sorte de comité d'accueil. Il y avait là un commandant et une commandante, un capitain et une capitaine, pour respecter la paritée, et tous étaient assis(e)s dans de grandes fauteuilles derrière une table recouverte de velours rouge.

Sur les conseils de sa sœure, docteure de l'universitée et inventeure de renom (d'abord chercheure au CNRS, elle avait trouvé le moyen d'améliorer l'accueil dans les maternitées, ainsi qu'une pommade améliorant la douceure de la peau à base de beur de karité), il avait écrit une lettre de motivation. Après avoir été mannequine chez un grand couturier celle-ci s'était formée à l'écriture et était devenue une écrivaine reconnue. Comme auteure, elle avait commencé par faire une pastiche de la fameuse pièce de Jean Paul Sartre, La Putaine Respectueuse, et s'en était bien tirée. Elle accordait beaucoup plus d'importance à l'écriture qu'aux travaux d'aiguille qu'elle considérait comme des œuvres de nonnaines, ouvrages de patience tels qu'on n'en pouvait faire que dans la tranquillitée du cloître.
"