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En guise de mise en garde : L'épilogue de La
Barque de Delphes. Odile Jacob, 1998
Comme ce site traite d'information,
il en contient beaucoup:
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une page au hasard
Un article en français au hasard
Origine de la vie et bon sens : comment
a-t-on pu croire que l'arsenic remplace le phosphore ?
"Voici que ce texte s'achève. À notre
époque, où l'écrit a perdu la place initiatique qui a longtemps
été la sienne, je m'interroge sur sa signification. Fallait-il
l'écrire ? Ou encore, quelle est donc la place de l'œuvre
scientifique ? Celle-ci est une œuvre mineure, quel bienfait
peut-elle apporter ? Choisis, lecteur, une œuvre reconnue
comme majeure, telle que l'article de 1905 dans lequel Einstein
pose explicitement les jalons de la théorie de la relativité,
et comparons cette œuvre, dont les conséquences destructrices
ont été immenses — te souviens-tu de Nagasaki ? — au Don
Giovanni de Mozart, aux poèmes d'amour de Mickiewicz ou à la
Pietà de Michel Ange, et demande toi laquelle tu détruirais si
le sort t'obligeait à prendre en bagage trois seulement de ces
œuvres. La science est, et reste anonyme. N'importe qui, un beau
jour, retrouverait ce qu'Einstein a trouvé. La science est anonyme,
et c'est sans doute ce qui la fait mépriser et craindre tout
à la fois. Quelle ambition, quel fol espoir furent donc les miens,
lorsque je pris le temps de mes jours et de mes nuits pour penser
à ce qui se marque en signes noirs dans ce paquet de feuillets ?
L'étonnement sans doute. Celui de me trouver l'un quelconque
de ces milliards d'hommes qui participent au dernier doublement
de la population de l'humanité, au moment où chacun peut contempler
la Terre que nous aurons dévastée. Celui d'avoir vécu le saccage
de tous mes espoirs et de toutes mes croyances, et d'être cependant
resté rivé à ce sol éphémère. Et celui de savoir qu'un jour viendra,
pour d'autres que moi, où une nouvelle forme de création remplacera
ce que nous aurons détruit, pour disparaître à son tour dans
la nuit de l'Oubli. C'est cet espoir nouveau d'un impossible
avenir dont j'ai souhaité laisser quelques signes pour aider
ces Autres énigmatiques qui sauront un jour le faire naître,
à trouver leur chemin, ou plutôt à savoir que ce
chemin existe, sans moi."
Notre représentation
classique de la réalité physique
repose sur quatre catégories: espace, temps, matière et énergie.
Depuis plusieurs décennies, une cinquième catégorie du Réel,
l'information, est systématiquement considérée comme
composante essentielle de cette représentation. Les conflits
entre la physique classique et la physique quantique ne peuvent
être résolus en supposant l'existence de variables cachées, depuis
que toutes les expériences dérivées des expériences de pensée
inventées par Einstein et d'autres ont réfuté leur existence.
Mais la contradiction se résout si l'on introduit l'information
comme composante essentielle des phénomènes considérés. Ne
serait-ce que d'un point de vue heuristique, l'information
peut être considérée comme une catégorie authentique du Réel.
Cela implique que l'accumulation d'information soit le fait
d'instanciations concrètes de démons de Maxwell, combinées à
un processus de "destruction créatrice", concept
repris récemment sous une forme subtile par Nassim Taleb sous
le nom d'antifragilité.
C'est dans ce contexte que c e site
est un appel à l'inventivité, mathématique en particulier, mais
aussi expérimentale. L'histoire le montre : bien qu'il y ait
de grands mathématiciens âgés, et même très âgés, et que leur
production conceptuelle ne semble pas tarir jusqu'à leur mort,
la fulgurance de
l'invention du nouvel objet mathématique est liée à la jeunesse,
et souvent à l'extrême jeunesse. C'est d'ailleurs une conséquence
de ce qui est exposé ici comme
une conjecture, celle de la création d'information de valeur
(je n'ai pas trouvé pour l'instant d'autre mot). Par construction
la jeunesse manque d'expérience, et manque de références
approfondies. Elle tombe donc aisément dans les modes, les poncifs
et les naïvetés qui réinventent la roue. Et le plus souvent elle
y reste, et elle participe alors de l'image commune que donne
la vieillesse. Mais ce n'est pas inévitable, et il est une tout
autre voie : cette même inexpérience a la conséquence remarquable
qu'elle permet de parcourir des terrains entièrement vierges,
et surtout d'oser des pistes que l'expérience aurait pu faire
croire fermées pour toujours. Elle donne par définition, un point
de vue extérieur.
La révolution copernicienne est jeune, parce que le centre du
monde n'a pas encore eu le temps de s'imposer. Or je recherche
ici la création d'un nouvel objet mathématique, d'une nouvelle
structure, ou la réécriture dans un ordre nouveau d'objets ou
de structures anciennes pour définir ce que le sens commun appelle "information",
avec la connotation foncière d'information dont on a à faire
quelque chose, d'information utile, ou d'information associée
à une valeur. Le chemin qui me conduit à cette
quête est l'exploration d'une hypothèse, celle qui verrait les
organismes vivants comme des ordinateurs capables de faire des
ordinateurs (ou des Machines de Turing finies, capable de créer
des Machines de Turing finies) et saurait tracer la voie des
expériences nécessaires pour les reconstruire. C'est aussi celle
qui comprend que la reproduction (faire une copie semblable)
n'est pas la réplication (faire une copie identique), distinction
centrale à l'origine de
la vie.
La conjecture peut paraître insensée. J'ai l'espoir qu'un lecteur
saura l'explorer. Et l'intérêt de la mathématique est aussi qu'elle
permet de distinguer l'intuition romantique délirante de l'intuition
profonde qui résiste au long travail de la démonstration. Ce
long et difficile chemin — comme celui de l'expérience — comprend
que le théorème n'existe que lorsqu'il est démontré, et que c'est
au décours de la démonstration qu'apparaît l'inattendu, là où
se crée l'information. Et pour les organismes vivants cette voie
passe par la construction expérimentale, celle qu'on nomme aujourd'hui Biologie
Synthétique,
et que je préfère nommer Symplectique,
pour rappeler qu'elle est le signe du tissage compliqué des relations
entre tous les objets qui constituent la vie.
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