bilgo
Pupélem ya tim, pupélem ka rib yé, la bé basem yam

Yelboundi Möré


Table des Matières

Travaux
Parcours académique

Une vie consacrée à la médecine

Il existe des romans, des récits, des histoires. On ne raconte pas la vie d'un homme. Et particulièrement de celles qui marquent le passage d'un monde où la civilisation tendait à la philosophie d'un Éternel Retour, à celle du quotidien qui oublie déjà hier pour s'occuper d'un demain sans existence. Hilaire Tiendrébéogo était né d'une civilisation orale, et je l'ai connu par l'écrit, d'abord, et pendant plusieurs années. Il venait d'une civilisation forte, celle du peuple Mösé, venu du nord du pays que nous avons appelé Dahomey, puis Bénin, pour assimiler les autochtones, les Nyönyösé, maîtres de la Terre, et dépositaires d'une religion solaire dont on ne sait à quels temps anciens elle remonte et constituer un empire, qui prit même Tombouctou aux envahisseurs du Nord. Son père Prosper Kyendrébéogho (on voit là que l'oralité n'avait pas fixé l'orthographe) était un waõgo, une de ces personnes que nous appelons "masques", du village toujours sacré de nos jours, Bilogo, à l'est de Laye (Lay à l'époque), où naquit Hilaire. Deuxième fils d'une grande famille (son frère aîné mourut avant d'atteindre l'adolescence) il était par sa mère, Juliette (encore en vie en octobre 2020, à plus de 102 ans), de la lignée des Zongo, qui vit naître beaucoup de Teng soba, Maîtres de la Terre, et dépositaires des traditions des Nyönyösé à Laye, au nord-ouest de Ouagadougou, sur la piste qui menait à Yako, Ouahigouya, au pays des falaises Dogon, puis au fleuve Joliba, que nous avons appelé le Niger. Il y a un demi-siècle, tout cela avait un sens, et même beaucoup de sens. L'explosion démographique, le développement du commerce mondial, et l'avènement de l'individualisme que redoutait tant Alexis de Tocqueville, caricacture de la Démocratie, ont presque tout détruit. Hilaire Tiendrébéogo a beaucoup souffert de cette transition mortifère inéluctable, et c'est pour tenter de compenser le désespoir que cela impliquait qu'il a consacré sa vie à la médecine, et c'est son dévouement à ses nombreux patients qui a fini par conduire à sa mort trop précoce.

Dans un continent pauvre, très pauvre, l'imagerie médicale — Hilaire Tiendrébéogo s'était spécialisé dans les maladies pulmonaires — ne pouvait, faute de moyens, avoir recours facilement à la radiographie. Il usa donc et abusa de la radioscopie, qui envoie le rayonnement X directement à la face du médecin qui explore l'image de la poitrine de son patient. Il est mort le 24 juin 1999, d’un très rare cancer radio-résistant de l’arcade sourcillière, certainement dû à son activité médicale. Mais j'aimerais retenir quelques éléments de sa vie, laisser un souvenir, ne serait-ce qu'en raison de son extrême discrétion, devenue presque timidité au cours du temps, puis sagesse, sans doute, parce qu'il avait accepté qu'un homme seul n'a aucun pouvoir pour changer le cours des choses.

Hilaire Tiendrébéogo écrivait en 1979, bien avant l'épidémie de sida qui allait ravager le continent Africain : "Les cinq premières années de nos études médicales à la Faculté de Nancy nous avaient préparé plutôt à l'exercice d'une médecine de soins; [...] Mais les contacts que nous avions gardé avec les dures réalités sanitaires de la Haute-Volta [...] nous ont permis d'entrevoir l'intérêt de la lutte antituberculeuse comme modèle de démarche dans plusieurs secteurs de médecine sociale". Et il poursuivait son analyse —étendue bien au delà de la tuberculose proprement dite — à l'éducation sanitaire, chapitre qu'il avait toujours considéré comme primordial. Il avait dû changer son sujet de thèse, qu'il avait souhaité consacrer précisément à ce chapitre, en utilisant des illustrations filmées pour diffuser l'hygiène dans les villages, parce que la bienséance politique du moment interdisait de montrer la réalité des faits infection. L'éducation sanitaire "doit: au niveau du diagnostic, inciter les malades à consulter precocement; au niveau du traitement, susciter une participation de l'individu et sa prise en charge totale par la communauté, de manière à obtenir une plus grande régularité dans le traitement [...]; au niveau de la prévention enfin, améliorer le niveau d'hygiène générale." Il n'y aurait pas grand chose à ajouter encore aujourd'hui. Et "c'est dans cette optique que nous avons travaillé à la réalisation d'un film d'éductaion sanitaire en Haute-Volta et participé à la préparation d'un second à Abidjan avec le Comité Antituberculeux et le concours du Centre National d'Enseignement Télévisuel." Que sont devenus ces films ? 

Et la liste de ses travaux dans le domaine des infections respiratoires non-tuberculeuses aurait certainement mérité d'être mieux connue et exploitée: parasitoses (amibiase, distomoses, pentasomiase, kyste hydatique, bilharziose); mycoses (aspergillose, candidose, mycoses inconnues). Il s'attacha aussi aux cancers pulmonaires et à l'une des causes les plus répandues en Afrique, le tabagisme...

M Corap, H Tiendrébéogo
Histoires de tuberculoses
Film couleur moyen métrage (40 min, éducation sanitaire)
Comité Antituberculeux, (1973) Ouagadougou, Haute-Volta

Le 23 novembre 1982 Hilaire Tiendrébéogo, alors directeur des Etudes de l'Ecole Supérieure des Sciences de la Santé à Ouagadougou, m'invitait à donner une conférence le mardi 4 janvier 1983.

conference


Je proposai l'idée de donner les premiers éléments d'une discussion sur les prouesses du génie génétique, de discuter la question du naturel et de l'artificiel, et à ce propos de mettre en garde contre les pratiques inconsidérées mettant en jeu le sang (véhicule très facilement contaminé par des agents pathogènes), en raison d'une nouvelle pathologie, récemment apparue aux Etats-Unis chez les homosexuels, une immunodéficience acquise, très probablement causée par un agent pathogène. Il s'agissait du sida... Et nous avons donc longuement discuté du rôle des aiguilles, et des problèmes de stérilisation : il valait mieux des aiguilles stérilisables, que des aiguilles jetables et parfois récupérées !

Parcours académique

1954-1959 Etudes secondaires au Petit Séminaire de Pabré
1959-1962 Etudes secondaires au Collège de la Salle (Ougadougou)
1962 Baccalauréat à Ouagadougou, Haute-Volta (organisé par l'Académie de Bordeaux)

1962-1968 Etudes de Médecine à la Faculté de Médecine de Nancy
novembre 1968-1969 Fin des études de médecine, et examens de clinique à la Faculté de Médecine d'Abidjan (Côte d'Ivoire)

26 avril 1973 Thèse de doctorat de Médecine, Abidjan, Côte d'Ivoire
septembre 1973 Certificat d'Etudes Spéciales de Pneumophtisiologie, Paris

1974 Chef de clinique en Pneumophtisiologie, Faculté de Médecine d'Abidjan
1977 Certificat d'Etudes spéciales de Médecine Aéronautique, Paris V
1980  Maître de conférence agrégé de Pneumophtisiologie – France
1981-1986 Directeur des études de l’Ecole Supérieure des Sciences de la Santé (E.S.S.SA)/Université de Ouagadougou

1984  Maladies Sexuellement Transmissibles
1985  Méthodologie de la Recherche
1986-1988  Epidémiologie tropicale

Parcours hospitalier et institutionnel

1965-1968 Externe des hôpitaux de Nancy
1969-1973 Interne du CHU d'Abidjan (major de sa promotion)
1973-1974 Assistant en Pneumophtisiologie (Abidjan, Pr P Delormas)
1974-1978 Assistant en Pneumophtisiologie (Abidjan, Dr D Schmidt et Pr N Coulibaly)
1977 Assistant à titre étranger au CHUR de Grenoble (Pr P Delormas, et Pr B Paramelle)
1978-1989  Médecin chef du Centre National de Coordination de la Lutte Antituberculeuse de Haute-Volta, et Médecin-adjoint en Phtisiologie de l'Hôpital Yalgado Ouédraogo de Ouagadougou, Burkina Faso.
1982-1984  Médecin chef du service des Maladies infectieuses de l’Hopital Yalgado Ouédraogo, Ouagadougou, Burkina Faso.
1987-1989  Médecin des services médicaux de l’hôpital Yalgado Ouédraogo, Ouagadougou/Burkina Faso
1989-1992 Directeur Général adjoint de l’OCCGE, chargé de la programmation scientifique
1992-1996  Directeur provisoire, puis directeur du Projet EPIGEPS (Epidémiologies et Gestion des Programmes de santé) / OCCGE, Bobo-Dioulasso/Burkina Faso
1996-1999  Directeur de l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé / Centre National de Recherches Scientifiques et Technologiques, Ouagadougou/Burkina Faso

Autres activités et expériences

Services et systèmes de santé

1984-1986 : Structuration des Services médicaux du Centre Hospitalier National Yalgado Ouédraogo
1984 : En maladies infectieuses : participation à la gestion des épidémies de rougeole, de méningite et choléra au Burkina Faso

1973-1978 : Expert auprès du Conseil National de Santé de Côte d’Ivoire

1970-1978 : Membre du comité antituberculeux de Côte d’Ivoire.
vision spéciale de lutte contre le choléra dans la sous-préfecture de Grand-Lahou (RCI) lors de la première endémie Ouest-Africaine.

Université

  1. Membre de la première équipe de mise en place de l’Ecole Supérieure des Sciences de la Santé (E.S.S.SA), Université de Ouagadougou, sous la direction du professeur R. M. OUIMINGA.
  2. Enseignement à l’E.S.S.SA / Faculté des sciences de la santé
    • Maladies infectieuses
    • Maladies sexuellement transmissibles
    • pneumophtisiologie
    • Méthodologie de la recherche
  3. visions d’enseignements / Chaires de maladies Infectieuses et de Santé Publique à
    • Libreville (1989)
    • Niamey (1992)
    • Abidjan (tous les ans, à partir de 1991)

Activités régionales et internationales

En détachement à l’OCCGE du 15/02/89 au 30/06/96 :