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Angèle métropole

LecturesLucie Rondeau du Noyer • Publié le 3 décembre 2021

Parmi les titres de son album « Nonante-Cinq » intégralement disponible depuis aujourd’hui, Angèle avait choisi de révéler un premier morceau qui, contrairement aux apparences, s’adresse autant à son public français qu’à ses compatriotes : « Bruxelles je t’aime ». La célébrité de l’artiste francophone suffira-t-elle à faire de Bruxelles une métropole ?

Angèle en Oiseau bleu
Angèle en Oiseau bleu

Ecouter à la suite « Bruxelles ma belle », hommage à la capitale belge du compositeur et interprète néerlandais Dick Annegarn sorti en 1974, et « Bruxelles je t’aime », le premier morceau de l’album d’Angèle entièrement révélé aujourd’hui, convainc qu’à l’instar du reste du monde, la chanson francophone s’est métropolisée depuis la fin des années 1970. A l’heure de la compétition généralisée entre les villes, il ne suffit plus de louer la beauté d’une ville ; il faut désormais affirmer qu’elle est « la plus belle ».

Angèle s’incarne dans La Clairvoyance de Magritte (1936)

Surprenamment, Angèle commence pourtant son morceau en égrenant ce qui manque à sa ville de cœur. Au contraire des villes globales comme New York ou Paris, la capitale belge aurait peu d’atouts culturels ou monumentaux à faire valoir. Encore un peu et l’on croirait à un remake belge de Bienvenue chez les Ch’tis : il n’y a rien au nord de Paris, si ce n’est beaucoup de bière et de bonne humeur.

Angèle en femme aux iris, symboles de la région bruxelloise

Comme chez Dick Annegarn, la comparaison de Bruxelles et de Paris structure la chanson, au point qu’Angèle semble par moments s’adresser davantage à son public français qu’à ses compatriotes. Un vers comme « On n’a pas Beaubourg, ni la Seine » étonnera en effet les connaisseurs de Bruxelles : le fleuve qui y coule s’appelle la Senne, homophone parfait du célèbre fleuve parisien, et au bord du canal une antenne du Centre Pompidou est en cours de développement. Le modeste passage « On le sait, on n’a pas toujours gagné » ressemble quant à lui davantage à une concession footballistique aux Français qu’à une référence à la participation de son pays aux guerres de Corée, du Kosovo et de l’Afghanistan.

Angèle en Eve de Cranach

Les hasards de l’onomastique poussent Angèle, dont le nom de famille est van Laeken, à célébrer la commune bruxelloise homonyme, pourtant bien moins festive que les autres quartiers cités (« Les Marolles, Flagey, Saint-Gilles »). Cette mention de Laeken pousse à interpréter le morceau entier comme un ego trip, une mise en scène de soi par laquelle la chanteuse, sa ville d’origine et la culture belge finissent par se confondre.

Mini-Europe, rêve publicitaire

De wagon en wagon, Angèle se transforme successivement en Oiseau bleu (nom d’une pièce de Maeterlinck et d’une des lignes du Trans Europe Express, ancien service de trains célébré par Kraftwerk), en femme aux iris aussi gracieuse et emblématique de Bruxelles qu’un lampadaire Art Nouveau, en personnage sorti d’un tableau pigeonnier de Magritte et, enfin, en Eve de Cranach.

Station de métro Heysel à Laeken

Le clip s’achève sur une vision fantasmée de Laeken et de son plateau du Heysel. Il s’y tint jadis l’exposition universelle de 1958 et on peut aujourd’hui y visiter le parc de miniature Mini-Europe. Contrairement à ce qu’elle annonçait au tout début de sa chanson, Angèle met en scène un espace où les buildings rappellent les villes américaines et l’Atomium occupe une place réduite. Il semble que grâce à sa musique, l’impossible se soit réalisé : Bruxelles est enfin devenue une métropole attractive. Elle a détrôné par ce clip Berlin au rang de capitale de la fête européenne.

Lucie Rondeau du Noyer le 3 décembre 2021 dans l’Esprit européen