latifis
Με ρωτάς, τώρα που με βλέπεις να ανακατεύομαι με επιχειρήσεις και εμπόρια, πώς έγινε και βρέθηκα στο βουνό. Σου είναι, μου λες, ακατανόητο εγώ, μια κυρία του σήμερα, να ήμουν αντάρτισσα ή -ας το πούμε- συμμορίτισσα, κατά την αγαπημένη έκφραση της τότε εξουσίας. Μα πώς; Πώς βρεθήκατε εκεί; Πώς αντέξατε να κοιμάστε έξω στα χιόνια, τις βροχές και τις θύελλες; μου λες. Ξέρεις κι εγώ απορώ, γιατί ζώντας το σήμερα και τείνοντας -όσο γίνεται- προς τα μπρος, μένει ολοένα και πιο πίσω το παρελθόν. Μόνον στον τόπο μου ζωντανεύει, τις νύχτες, αν τύχει να βαδίζω μόνη σε έρημο δρόμο. Τότε δεν νιώθω ξέγνοιαστα. Τα βήματά μου γίνονται από μόνα τους ανάλαφρα και βιαστικά και στο σκοτάδι οι σκιές του παρελθόντος μού τεντώνουν τις αισθήσεις...

Katina LATIFIS


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Introduction à l'œuvre de Petros Kokkalis (1896-1962)

Je l'ai rappelé dans un texte publié sur le site de la revue BoOks, à propos du livre de Katina Tendas-Latifis, Les déshérités (Τα Αποπαιδα, Exantas, désormais traduit en français,  sous le titre Les enfants répudiés de Grèce) : pour comprendre le soutien de bien des Grecs à la Serbie qui fut celle de Milosevic (ce qui nous paraît souvent incompréhensible), il faudrait savoir suivre le destin, un à un, de ces intellectuels apatrides qui sont parfois revenus dans leur pays, mais qui vivent aujourd’hui un peu partout dans le monde et contribuent beaucoup au succès scientifique des États-Unis. Cela nous met en mémoire le destin tragique qui a touché de nombreux Grecs, et nous rappelle que la poursuite de la guerre en Grèce après 1945 est un épisode presque entièrement occulté en Europe de l’Ouest.

Cet épisode, pourtant, explique encore beaucoup des alliances balkaniques souterraines, il fait comprendre pourquoi la Grèce soutient la Serbie, et il permet d’explorer pourquoi les Balkans ne font toujours pas partie, en 2011, de l’Union européenne. Mémoires et histoire, d’abord. La guerre civile inspire une littérature importante en Grèce, comme le livre de mémoires de Katina Latifi, où l’on découvre l’horreur des massacres et l’extrême ambivalence des puissances occidentales après la victoire contre l’Allemagne. Ce livre est le récit d’une très jeune fille, qui témoigne de bien des illusions semblables à celles qui furent illustrées par André Malraux, à la fois généreuses et utopiques. Il raconte comment, à la suite de l’assassinat de son oncle et de dénonciations, elle s’est trouvée rapidement déportée, puis à la tête d’un bataillon de partisans de l’Armée Démocratique Grecque, perdant peu à peu du terrain, pour fuir ensuite par l’Albanie vers le monde communiste, et se retrouver enfin dans un long parcours d’apatride, avant l’amnistie de 1974 qui suivit la chute du régime des «Colonels». Ce moment de notre histoire a inspiré aussi, nous devons nous en souvenir, une part marquante du répertoire musical de Mikis Theodorakis, qui s’est dit bouleversé à la lecture de ces mémoires.
theodorakis
Et ce texte, prélude à l’exil, nous montre aussi combien il serait important d’analyser sans les diaboliser systématiquement, les échanges, scientifiques en particulier, qui ont eu lieu avec l’Europe de l’est, en particulier dans le domaine médical, entre 1945 et 1980.

Cette préface est parue en Grèce: Η βιωματική βιογραφία του Πέτρου Σ. Κόκκαλη γραμμένη από την Κατίνα Τέντα Λατίφη, κυκλοφορεί από τις εκδόσεις Εστία, στο πλαίσιο της σειράς Μαρτυρίες Βιογραφίες.

Οι Εκδοσει της Εστιαςκοκκαληης
σας προσκαλουν στην παρουσιαση του βιβλιου:
Πετρος Σ. Κοκκαλης
Βιωματικη βιογραφια

της Κατινας Τεντα-Λατιφη

την Παρασκευη 11 Μαιου 2012, στις 9:30
στη Γενν¿δειο Βιβλιοθικη (Cotsen Hall)
(Αναπηρων Πολεμου 9, Αθηνα. Τηλ. 210 72 10 536).

Για το βιβλιο θα μιλησουν οι:

Νικος Αλιβιζατος
Καθηγητης στη Νομικη Σχολη του Πανεπιστημιου Αθηνων

Ιωαννης Βροτσος
Καθηγητης Οδοντιατρικης Σχολης του Πανεπιστημιου Αθηνων

Νικος Καραπιδακης
Διευθυντης της σειρης Ιστορια & Πολιτικη των εκδοσεων της Εστιας

Beaucoup de Grecs l'oublient, la science est née en Grèce. Et ce n'est pas une banalité de le dire. Ce que le philologue comparatiste Georges Dumézil nommait "le miracle grec" apparaît dans un monde où la pensée était organisée autour de trois pouvoirs, symbolisés par le prêtre, le laboureur, et le soldat.

Si la Grèce est à part, c'est que le personnage qui y symbolise l'humanité de l'Homme, plutôt que ceux qui portent les trois fonctions, est le philosophe, qui deviendra bientôt le savant. Soumise au joug de Rome, puis de puissances variées de l'Europe de l'Ouest, et enfin de la Sublime Porte, la Grèce n'en finit pas de se distinguer du reste du monde. Si l'on interroge une personne quelconque en Allemagne, en France, en Italie, pour lui demander quand s'est terminée la deuxième guerre mondiale, elle répondra sans hésiter "mai 1945". Presque personne ne saura qu'à cette date la guerre n'était pas finie en Grèce. Et pourtant c'est ce qui explique beaucoup de ce qui, encore aujourd'hui, couve dans les Balkans. Tout le monde, plus à l'Ouest, se souvient de la guerre civile espagnole, très peu savent qu'une guerre de ce type s'est déclarée au début des années 1940 en Grèce, et à duré jusqu'à l'aube de l'an 1950. C'est dans ce contexte très particulier qu'il convient de replacer le destin de Petros Kokkalis. Rien ne le destinait, sans doute, à devenir un jour un combattant de la résistance qui devait fin 1947 servir comme ministre de la santé, et temporairement de l'éducation, au sein du Gouvernement Démocratique Provisoire créé par le Parti Communiste de Grèce. Mais la science fait partie de la société: elle en est une production particulière, et un homme de science, Grec de surcroît, ne peut pas (ne doit pas) refuser de faire des choix. La politique (et le mot aussi bien en anglais qu'en français est grec) est un devoir des hommes libres, et la démocratie grecque (celle, collective, des hommes libres, pas celle des individus qui ne fait que défendre la loi du plus fort) est la démocratie de la Cité, celle qui se préoccupe du bien commun.

Ce spécialiste de la chirurgie cérébrale fut démis de ses fonctions en 1942 en raison de son refus de collaborer avec l’occupant nazi. Il devint ensuite chirurgien de guerre par la force des choses et ministre du gouvernement du maquis de la résistance grecque (1945-1949 : mais oui, souvenez-vous ! après la « fin » de la deuxième guerre mondiale). Interdit de séjour dans son pays, Kokkalis fit des avancées importantes en neurochirurgie, d’abord à Athènes avant la guerre, puis par les opérations qu’il dut réaliser sur les résistants blessés, dans les ténèbres et l’inconfort sinistre des grottes à la frontière de la Grèce et de l’Albanie. Privé de sa nationalité, il poursuivit son travail à l’Université von Humbolt, en Allemagne de l’Est. La fondation qui porte son nom, désormais liée à un empire commercial, a créé à Athènes un hôpital spécialisé en chirurgie du cerveau, mais aussi un centre de recherche et d’enseignement en informatique, associé à l’université de Harvard. Dans un pays comme la Grèce, où la participation du gouvernement à l’effort de recherche scientifique est très faible, c’est une contribution très importante et un retour de la Grèce vers la Science dont elle fut l’origine.

Ce n'est pas le lieu de raconter l'histoire à nouveau, et l'histoire des guerres civiles est particulièrement atroce, le plus souvent. Mais peut-on imaginer un chirurgien, et un chirurgien d'immense talent, ne pas faire de choix? Kokkalis avait réalisé de nombreux travaux pionniers dans le domaine de la neurochirurgie, de la chirurgie du thorax et de la chirurgie cardiaque, et son ouvrage en deux volumes était une référence pour les jeunes chirurgiens. Cependant, la situation, pendant la deuxième guerre mondiale, était particulièrement difficile. L'invasion nazie ne pouvait laisser indifférent un peuple qui s'était battu pendant des centaines d'années contre l'occupant, au point de garder sa langue encore très proche de celle de l'Antiquité, simplement pour défendre son identité. En 1942 Petros Kokkalis, qui n'avait rien contre le peuple allemand (il avait travaillé neuf ans à Munich) avait déjà suivi sa conscience, et choisi la résistance. Il fut donc écarté de ses responsabilités et poursuivi. Il ne lui restait plus qu'à prendre le large, et, en face des souffrances, et des blessures de guerre des résistants, son devoir de chirurgien n'était-il pas de soigner et guérir? Pendant plusieurs années la situation en Grèce allait évoluer au gré de forces souvent extérieures, et souvent contradictoires, et conduire à toutes sortes d'excès, qui ont laissé des marques jusqu'à maintenant. Et comme toujours dans les guerres civiles les choix des uns et des autres sont contrastés et violents, souvent au sein d'une même famille. Petros Kokkalis choisit de soulager la souffrance, et d'utiliser son talent d'organisateur pour construire des hôpitaux de campagne qui pouvait traiter plus de 1000 blessés ou malades. Beaucoup lui doivent la vie. Puis il dut se résoudre à fuir, et il rejoignit alors l'Allemagne où il put continuer ses travaux jusqu'à sa mort.

Et pour finir, en revenant à Dumézil, cette phrase ne s'applique-t-elle pas à merveille au destin de Petros Kokkalis ? : La Grèce a choisi, comme toujours, la meilleure part: aux réflexions toutes faites, aux relations préétablies des hommes et des choses que lui proposait l’héritage de ses ancêtres du Nord, elle a préféré les risques et les chances de la critique et de l’observation, elle a regardé l’homme, la société, le monde avec des yeux neufs.

La Fondation Kokkalis a fondé un Institut de Recherche et un Hôpital spécialisé en Neurochirurgie. Elle a aussi un programme de collaboration avec l'Université Harvard. La crise économique qui frappe la Grèce a interrompu les activités de la Fondation, on l'espère provisoirement.