Mon avis personnel sur les disques d'Eluveitie
- Eluveitie - Spirit (2006) ★
Quand un Suisse fan d'histoire et de death metal tente de concilier ses
deux passions, ça donne Eluveitie, groupe de death celtique qui pousse
le concept jusqu'à chanter certains de ses titres en gaulois (enfin, une
reconstitution plausible de ce qu'a pu être la langue parlée par nos
ancêtres), et utiliser tout un panel d'instruments assez inhabituels
pour un groupe de metal (pas de synthés ici, c'est de l'authentique) :
violon, flûte mais aussi vielle à roue, bref que des trucs qui n'ont
absolument rien de celtique mais qui correspondent à ce que l'imaginaire
collectif a en tête quand on évoque ces contrées. Et de fait, les
instruments en question nous gratifient de motifs dansants assez clichés
(vivent les guirlandes de triolets aux flûtes) et surtout très
répétitifs. Par-dessus ça, des guitares qui ne servent pas à grand chose
et un chant death qui se même très mal au reste (je sais que le chant
guttural est la norme dans tout ce qui est viking metal et consorts,
mais je continue à penser que ça n'a aucun sens). Surtout, une fois
passées les deux ou trois premières pistes gentiment divertissantes,
c'est bien pauvre mélodiquement parlant et toutes les pistes se
ressemblent (en fait, ce qui ressort, ce sont systématiquement les
ostinato folkloriques qui devraient servir de toile de fond). Seule
exception, Aidu et son espèce de mélopée quasi orientale avec
accompagnement minimaliste (une pédale tenue tout le long, un peu de
flûte), là on a une vraie recherche de création d'atmosphère qui aboutit
à un titre assez fascinant. Le reste de l'album, je n'ai aucune envie de
l'écouter une fois de plus, alors même que j'aurais vraiment aimé adorer
cette musique (dont la recommandation m'est venue, pour information de
l'excellent Hubert et sa chaîne Youtube Metalliquoi, que je
recommande à tous ceux qui veulent découvrir le genre).
- Eluveitie - Slania (2008) ★ ★ ½
Après un premier album qui n'arrivait à mon sens pas du tout à créer un
mélange cohérent entre instruments folkloriques et base death metal,
Eluveitie démarre ce deuxième opus de façon nettement plus convaincante.
Une intro majestueuse mène à un Primordial breath où le bon
équilibre semble enfin trouvé : des flûtes qui n'enhavissent pas
complètement l'espace, des guitares puissantes, une belle mélodie pas
trop caricaturale, le concept prend tout son sens. Hélas, le disque
reste bien trop inégal pour charmer complètement sur la durée. Si
l'Inis mona reprenant la célèbre mélodie traditionnelle Tri
martolod a beaucoup fait pour la célébrité du groupe, elle n'a
essentiellement aucun intérêt (je vais être méchant, mais je préfère
encore la version Manau, au moins ça ajoute vraiment quelque chose même
si c'est grotesque). Quelques interludes instrumentaux peu palpitants,
des titres bourrins qui retombent dans les défauts de Spirit
(Bloodstained ground), et heureusement, une ou deux autres
chansons qui sortent nettement du lot : Slanias song mise sur un
beau chant féminin et une atmosphère plus travaillée, et
l'Elembivos qui conclut le disque est une belle surprise avec ses
choeurs guerriers qui pour une fois évitent soigneusement la caricature
et un solo de guitare nettement plus teinté rock que death metal. Preuve
que le groupe peut proposer des choses vraiment originales et réussies,
même si ce deuxième album reste pour moi encore un demi-échec (ou une
demi-réussite si on veut voir le bon côté des choses).
- Eluveitie - Evocation I : The arcade dominion (2009) pas de note
Après deux albums où le groupe n'avait pas totalement réussi à mélanger
death metal et musique folklorique celte, Eluveitie décide de ne plus
rien mélanger dans ce troisième disque dont les guitares saturées ont
complètement disparu. Une bonne façon de mettre en avant leur
impressionnant arsenal d'instruments inhabituels, mais dans la mesure où
leurs compositions sonnaient déjà un peu creux avec une base metal,
qu'ont-ils choisi d'y incorporer pour les rendre plus vivantes ici ? Eh
bien, pas grand chose, on a droit à beaucoup d'intermèdes instrumentaux
qui ne vont nulle part, des tonnes de guirlandes de flûtes pour meubler,
et du chant qui ne sait pas trop dans quelle direction partir (on a même
deux ou trois interventions très ponctuelles de growl qui n'ont aucun
sens). On a en fait l'impression que le groupe a eu peur de prendre des
risques, et a préfére se contenter d'un album un peu facile (les relents
pop plus que prononcés de Omnos), pas désagréable en musique de
fond mais très vite oublié. Dommage, car les meilleurs moments sont
sûrement ceux où ils se lâchent le plus en essayant de créer des
ambiances un peu plus mystérieures et inattendues (le chant très spécial
de Dessumiis luge notamment). Une parenthèse finalement assez
anecdotique (ils sortiront un autre disque du même style quelques années
plus tard), et qui n'est en tout cas en aucun cas un album de metal (pas
de note donc pour moi).
- Eluveitie - Everything remains (as it never was) (2010) ★ ★
Depuis son début de carrière, Euveitie enchaîne les sorties de disques à
un rythme assez frénétique qui est peut-être l'une des explications à
mon manque d'enthousiasme global les concernant. Si on revient ici à un
disque de folk metal après la parenthèse acoustique de 2009, on retrouve
à peu près à l'identique les défauts des premiers albums du groupe : des
pistes qui se ressemblent toutes avec des guirlandes de flûtes certes
sympathiques mais très répétitives qui se mêlent relativement mal à un
chant guttural pas franchement inspiré, et un manque flagrant
d'originalité et d'assise mélodique qui font qu'on se demande en
permanence quelle est censée être la plus-value par rapport à une simple
reprise instrumentale d'un air folklorique gentillet (ce à quoi on a
toujours droit par ailleurs à quelques reprises). Il y a tout de même
quelques titres à sauver de l'ensemble (The Essence of the ashes,
Quoth the raven), mais si l'ensemble s'écoute sans déplaisir, on
reste quand même sur la fâcheuse impression d'un disque à l'intérêt trop
limité, et surtout d'une stagnation inquiétante de la part du groupe.
- Eluveitie - Helvetios (2012) ★
Déjà une bonne moitié de la discographie d'Eluveitie de parcourue, et
j'attends toujours la rélévation les concernant. Pourtant, ici, les
petits plats ont été mis dans les grands pour attirer le chaland : un
concept-album centré sur la guerre des Gaules (une première pour le
groupe), du chant en gaulois reconstitué, un prologue et un épilogue
parlés pour bien mettre dans le bain (et en sortir !), et une
chanson-titre qui ouvre l'album de façon prometteuse, le mélange
choeurs-flûtes-guitares massives étant pour une fois plutôt équilibré.
Mais ça ne durera pas vraiment, les guitares s'enlisent en permanence
dans du riffing pseudo-technique vraiment peu intéressant, et le chant
death est tout simplement laid. À se demander en fait si ce qui pêche
chez les suisses n'est tout simplement pas une capacité trop limitée à
produire des compositions originales qui tiennent la route : on a encore
droit à une reprise d'un tube "celtique" (cette fois, c'est le loup, le
renard et la belette qui font irruption sur Luxtos) et on finit
par douter que toutes les mélodies folkloriques ne soient pas de simples
repompages (je ne m'y connais pas assez pour reconnaître autre chose que
les plus évidentes). En tout cas, la piste la plus réussie du lot est
A rose for Epona, sorte de tube radiophonique porté par du chant
féminin, ce n'est pas bon signe (dans un album de metal qui se respecte,
ce genre d'intrusion gâche la fête plus qu'autre chose). Les pistes les
plus brutales sont d'une laideur sans nom (le début de Meet the
enemy, The Siege), et on en finit par regretter la stagnation
signalée sur l'album précédent.
- Eluveitie - Origins (2014) ★ ★ ½
Petits changements de personnel pour Eluveitie pour cet album, mais
manifestement rien qui puisse affecter la productivité du groupe, ni
infléchir son style dans la mesure où ce nouveau venu ressemble comme
deux gouttes d'eau à Helvetios : intro et conclusion narrées,
interludes instrumentaux, un ou deux titres en chant clair féminin, et
bien sûr les thèmes celto-gaulois habituels. Et pourtant (heureusement),
il y a un net mieux dans la mesure où nos amis suisses semblent avoir
compris que les titres les plus bourrins de leur répertoire étaient à
jeter à la poubelle. On a un meilleur équilibre ici, même si hélas les
guitares se contentent encore la plupart du temps de motifs hachés sans
aucun intérêt. D'ailleurs, c'est assez symptomatique, le titre le plus
marquant de l'album est The Call of the mountains, titre très
fortement calibré pour la radio, avec chant féminin dont les inflexions
rappellent un peu trop le Zombie des Cranberries (une
logique celtique à l'oeuvre ?), et des modulations tellement hideuses
qu'elles ne seraient pas reniées par notre Jean-Jacques Goldman
national. Bref, un truc d'une facilité écoeurante, qu'on peut écouter en
boucle dans la version numérique du disque puisqu'il y est présent
chanté dans pas moins de cinq langues différentes ! Mais au moins, le
groupe réussit à produire un truc à peu près correct dans ce style
certes discutable. Le reste du temps, il arrive à ne pas trop
s'embourber sur ce disque finalement plutôt agréable à écouter, mais
j'attends toujours un vrai bon album de la part d'Eluveitie.
- Eluveitie - Evocation II - Pantheon (2017) non noté
Deuxième album acoustique de la part d'Eluveitie, et cette fois-ci pas
l'ombre d'un chant death à l'horizon, on a par contre droit à une
nouvelle chanteuse qui joue également de la harpe. Pour le reste, c'est
donc un album de folk souvent sautillant plutôt plus réussi que son
grand frère sorti quelques années plus tôt, avec tout de même l'énorme
bémol qu'une grande partie de la musique proposée ici semble être
constituée de reprises de tubes traditionnels (on a même droit une fois
de plus à du Tri martolod, pourtant déjà repris par le groupe
dans un album précédent !). Alors certes c'est plutôt bien fait, mais
quel est l'intérêt ? Les intermèdes instrumentaux ? Les passages parlés
sur fond de bruitages pour ajouter un peu d'ambiance ? Si c'est le cas,
c'est bien léger. Quoi qu'il en soit, ce n'est de toute façon pas le
type de musique que j'écouterais tous les jours.
- Eluveitie - Ategnatos (2019) ★ ½
Après un nouvel intermède acoustique, et surtout cinq ans depuis leur
précédent album metal (une durée inhabituelle pour eux), sans compter le
changement de chanteuse (entre autres), Eluveitie allait-il (enfin)
réussir à proposer un album un peu moins prévisible et un peu plus réussi
que les précédents ? L'illusion que ça puisse être le cas durera le
temps de la chanson titre, introduction plutôt sympathique de l'album,
titre puissant qui mélange pour une fois de façon convaincante les
motifs folk et le fond death brutal. Mais cette embellie ne sera une
fois de plus guère confirmée par la suite : un album beaucoup trop long,
des interludes et autres passages parlés qui n'apportent rien, et
surtout une majorité de titres poussifs ou même carrément laids (tout
ceux qui sont majoritairement basés sur les riffs hachés de guitare
complètement interchangeables qu'on a déjà bien trop entendus chez les
suisses et ailleurs). Il y a quand même quelques nouveautés qui évitent
le naufrage total : un vrai solo de guitare sur Black water dawn
(dommage qu'il soit complètement hors-style par rapport au reste de la
chanson), un Ambiramos qui joue très franchement la carte d'une folk
sautillante (on est à la limite du grotesque), et surtout, ce qui est
ceci dit la norme depuis déjà quelques albums pour Eluveitie, quelques
titres pop avec chant féminin qui sont une fois de plus les meilleurs du
lot (les choeurs religieux à la fin de Breathe sont même franchement
inattendus). Mais le constat après quelques écoutes reste assez terrible
: à part Ategnatos, il n'y a aucune piste dans le lot qu'on ait vraiment
envie de réécouter régulièrement.
- Eluveitie - Ànv (2025) ★ ★
Ah, ça y est, j'arrive au bout de la discographie d'Eluveitie (leur
production s'est nettement ralentie depuis une décennie), et je dois bien
avouer que c'est un soulagement en ce qui me concerne tant je peine à
trouver un plaisir qui dépasse la satisfaction éphémère d'une intro
réussie (ici, le trop court Emerge avec ses motifs presque néoclassiques
change très agréablement des introductions parlées des albums
précédents) ou d'un joli refrain quand j'écoute Eluveitie. Et pourtant,
avec cette dernière offrande, les suisses ont très clairement tenté de
ratisser large, en insérant une grosse part de refrains aux relents pop
en voix claire (la nouvelle chanteuse a plus de boulot que l'ancienne,
on a même une piste de 2'30 où elle est seule sur un fond de choeurs
très statiques), et en mettant très en retrait les instruments
folkloriques (en fait, on a souvent l'impression qu'il n'y a que du
violon pour accompagner la section métallique du groupe). De quoi
hérisser les fans de la première heure, mais en ce qui me concerne, je
préfère clairement cet Eluveitie-là, même les motifs de guitare sont
moins hachés et laids que d'habitude. Pas de miracle malgré tout, ça ne
suffit pas à produire un bon album, et la raison en est toujours la même
: les compositions ne sont tout simplement pas assez bonnes. Aucune
mélodie marquante, pas de titre qui sort du lot par con côté entraînant,
au fond Eluveitie c'est un gentil robinet d'eau tiède version metal
extrême. Au sens strict du terme, un groupe sans intérêt en ce qui me
concerne (désolé Hubert, pourtant tu les avais bien vendus tes petits
suisses !).