Mon avis personnel sur les disques de Dark Moor
- Dark Moor - Shadowland (1999) ★
Petit détour par l'Espagne ce soir pour entamer la discographie d'un de
ces (trop) nombreux groupes qui se sont engouffrés dans la brèche
ouverte notamment par Rhapsody à la fin des années 90 : thèmes
héroic-fantasy bien clichés, des tempi bien enlevés, quelques touches
d'inspiration classique et des choeurs omniprésents, les ingrédients
attendus du power metal héroïque sont bien là. Il faut donc une touche
d'originalité pour se démarquer de la concurrence, et chez Dark Moor, ça
passe par le choix d'une chanteuse (ce qui est déjà en soi suffisamment
rare pour mériter d'être signalé), euh, atypique. Sans donner dans les
clichés genrés, on ne s'attend pas à entendre une voix aussi grave,
criarde et au timbre assez ingrat quand on sait que c'est une femme
derrière le micro. Mais bon, le metal s'accomode fort bien de ce genre
de défauts, même si on les retrouve moins dans ce style de musique que
dans d'autres sous-genres. Il y a par contre un réel problème
supplémentaire qui finit par vraiment plomber ce premier disque, c'est
la fascinante capacité d'Elisa Martin (la chanteuse, donc) à tomber
systématiquement à côté des notes qu'elle est censée chanter (ou alors,
j'ai écouté sans le savoir le premier album de metal composé en quarts
de tons, mais j'en doute). Comme c'est combiné aux approximations du
choeur (bien maigrelet et souvent hésitant) et des instrumentistes (mise
en place pas toujours très claire, mais il faut dire qu'ils ne sont pas
aidés non plus par une production assez abominable où on est loin
d'entendre distinctement tout ce qui se passe), ça donne un côté très
amateur à l'ensemble. La musique proprement dite n'est pas si mauvaise
(sans être non plus d'une originalité transcendante), mais l'exécution
technique en est trop faible pour que ce disque ne passe pas directement
dans la case "à ne pas réécouter", il en existe des dizaines d'autres
nettement plus réussis dans ce genre.
- Dark Moor - The Hall of the olden dreams (2000) ★ ★ ★ ★
Peu nombreux étaient ceux qui, à l'écoute du premier disque de Dark
Moor, auraient pu prédire au groupe espagnol un avenir radieux dans le
style un peu trop fréquenté du speed mélodique. Et pourtant, leur
deuxième essai montre une progression impressionnante, et même à la
limite du surnaturel. En un an, la production a fait un bond en avant
gigantesque, la chanteuse a appris à chanter juste (et si elle garde son
timbre assez surprenant, ça donne finalement un cachet intéressant à
l'ensemble), et les titres speed bien fichus s'enchaînent sans temps
mort (bon, faut pas être allergique à la double pédale et au tricotage
joyeux de guitares d'inspiration vaguement néoclassique, le groupe
n'invente clairement pas la poudre non plus). Même la ballade avec piano
avec ses flûtes gentillettes sur la conclusion passe comme une lettre à
la poste. À la surprise générale, Dark Moor propose donc un second opus
qui est rien de moins qu'un classique immédiat du genre, qui ne se
démarque pas suffisamment de la concurrence pour crier au chef-d'oeuvre,
mais qui justifie clairement d'ajouter les espagnols à la liste des
groupes qui comptent dans le monde du "true metal" mélodique et épique.
- Dark Moor - The Gates of Oblivion (2002) ★ ★ ½
Ce qui est bien avec ce troisième album de Dark Moor, c'est qu'il faut
moins de 30 secondes pour savoir si on va l'apprécier (ou même
simplement le supporter) ou pas. Pas d'intro "symphonique" cette fois-ci
(à la place, on a droit à trois interludes au clavier disséminés tout au
long du disque) mais un démarrage ébouriffant, avec tempo "à fond la
caisse", clavecin virevoltant, et batterie envahissante dont la seule
consigne sur le disque semble avoir été "tu fais au moins dix frappes
par seconde en continu". Bref, du speed sans aucune nuance, et à
l'exception de la ballade anecdotique Your symphony et de la
dernière piste (j'y reviens ensuite), ce sera comme ça tout le long,
sans aucun moment de repos. Du coup, prises une par une, les chansons
sont objectivement réussies (des choeurs bien utilisés, des refrains
efficaces même si on tombe parfois dans le gnangnan comme sur By the
strange path of destiny) mais écouter tout le disque d'une traite se
révèle franchement fatiguant. D'autant plus que les espagnols ont eu la
brillante idée de l'achever par une pièce épique intitulée Dies Irae
(Amadeus) (oui, le titre laisse craindre le pire) qui n'est autre
qu'une sorte de patchwork de bouts de Requiem de Mozart reliés entre eux
par des passages speeds et évidemment plombés par une batterie qui ne
sert à rien et un "orchestre" réduit à un clavier moisi. Quand en plus
on ne se contente pas de petites citations mais qu'on se permet de
reprendre telles quelles des portions entières de l'oeuvre originale (on
a droit à l'Introit, au Confutatis et bien sûr au Dies Irae), ça ne peut
pas passer auprès de quelqu'un qui respecte un peu le classique (à tous
ceux qui trouvent cette piste géniale, vraiment, faites au moins
l'effort d'aller écouter la version Mozart au moins une fois dans votre
vie). En fait, Dark Moor s'est assez consciencieusement tiré une balle
dans le pied avec cet album, dont le fond est pourtant vraiment très
correct, mais trop mal organisé pour être vraiment convaincant.
- Dark Moor - Dark Moor (2003) ★ ★ ★
Après seulement trois albums (et encore, en comptant le premier essai
très inabouti), c'est déjà la rupture au sein de Dark Moor, qui perd
notamment sa chanteuse dans l'affaire. Pas grave, le compositeur est
toujours là, et il recrute en remplacement un gugusse... dont la voix
ressemble à se méprendre à celle de la chanteuse précédente (dans les
deux cas, il est souvent bien difficile de dire si c'est un homme ou une
femme qui chante). En tout cas, le choix d'un titre éponyme semble
vouloir marquer le coup d'un nouveau départ, et la musique est de fait
beaucoup plus variée sur cet opus que sur le précédent (peu de titres
vraiment speed cette fois-ci). Variée au point que ça en devienne même
franchement décousu, avec des titres trop guillerets qui ressemblent à
une espèce de mélange entre speed metal et générique d'animé
(Eternity notamment), et d'autres qui jouent beaucoup plus la
carte "ambiance gothique" avec notamment une utilisation assez étrange
des choeurs (sur Philip the second, les interventions féminines
qui sonnent complètement faux ressemblent à un gag qui a mal tourné). On
a aussi droit sur le A life for revenge qui ouvre le disque à des
claviers hérités du Europe de The Final countdown, et à
une Attila overture purement instrumentale (enfin,
essentiellement du synthé pas beau) qui mélange une repompe du motif
rythmique du Mars de Holst avec des espèces de motifs orientaux aux
cuivres, ça ne ressemble vraiment à rien du tout. Cette diversité se
retrouve aussi dans les thèmes abordés (on croise entre autres Attila,
Cyrano de Bergerac et un loup-garou) et finit par nuir au disque même si
elle a aussi un côté gentiment raffraîchissant. Le tout culmine tout de
même dans une chanson brillamment intitulée Dark Moor et qui est
énormément influencée (on est franchement à la limite du plagiat à de
nombreuses occasions) par... les musiques de film de Danny Elfman.
J'avoue que je ne l'avais pas vu venir, mais comme je suis fan d'Elfman,
je pardonne volontiers. Ma note est d'ailleurs probablement un peu
généreuse pour cet album, bric-à-brac hétéroclite qui a tout de même le
mérite de montrer les espagnols proposer plein de choses (plus ou moins)
convaincantes, et qui s'écoute finalement le sourire aux lèvres.
- Dark Moor - Beyond the sea (2005) ★ ★ ★
Après un album éponyme presque déstabilisant par la
variété des approches proposées, Dark Moor revient à du très classique
pour son disque suivant. Du heavy symphonique même pas vraiment speed
(les débuts du groupe où ça filait vraiment à toute berzingue sur
quasiment tous les titres sont déjà loin), un ou deux interludes
purement instrumentaux, un chanteur qui commence à prendre sa place,
mais rien de très original à se mettre sous la dent pour cette fois-ci.
Assez curieusement d'ailleurs, on a presque envie de dire que le groupe
espagnol ne montre vraiment sa personnalité que via les maladresses qui
parsèment trop régulièrement des titres dans l'ensemble bien fichus : un
motif de violons tout moche pour gâcher la très dynamique Houdini's
great escapade, quelques citations d'airs classiques paumées dans
les solos de piano, des growls passagers qui n'apportent vraiment rien,
et histoire de finir en beauté, une reprise absurde du premier mouvement
de l'Hiver de Vivaldi (non, non, même pas une adaptation, vraiment une
reprise avec une guitare électrique en guise de violon et un orchestre
évidemment majoritairement synthétique, ça ne rime vraiment à rien et
c'est à zapper pour tout auditeur de musique classique qui se respecte).
Mais une fois de plus, malgré tout ça (et peut-être un peu à cause de
tout ça, qui lui évite d'être vraiment noyé dans le tout-venant des
sorties du même genre), le groupe garde un capital sympathie certain.
Encore un album qui n'a rien de transcendant mais qu'on prend malgré
tout plaisir à écouter.
- Dark Moor - Tarot (2006) ★ ★ ★
Pour son sixième album, Dark Moor a décidé de changer de calibre :
signature chez un label plus gros, moyens clairement plus conséquents,
on se rapproche fortement au niveau du son proposé des productions
spectaculaires des grands groupes de heavy symphonique. Et c'est un peu
un bien pour un mal... On sent chez les espagnols une application à
produire ce qui est attendu d'eux dans ce cadre, c'est-à-dire une
musique sans prise de risque, parfaitement calibrée et exécutée, avec
son lot de bons refrains mélodiques pour convaincre le plus grand nombre
d'auditeurs. Le côté foutoir bon enfant qui était jusque là une des
marques de fabrique du groupe s'en trouve forcément mis à la trappe, et
l'ensemble manque de personnalité, à une exception près, l'excellent
Devil in the tower qui renoue avec des ambiances gothiques
"elfmaniennes" déjà explorées par Dark Moor et écrase le reste des
titres du disque de sa classe, avec notamment un étonnant passage choral
a cappella. Non pas d'ailleurs que le reste soit mauvais, The
Chariot ou Wheel of fortune entre autres sont de très bons
titres, mais c'est dommage de produire de la bonne musique passe-partout
quand on est capable de faire encore mieux. Bon, et puis quand même,
refaire le coup du pot-pourri classique avec Beethoven sur The
Moon (après avoir massacré Mozart de la même façon quelques années
plus tôt), c'est pas bien. Reprendre le premier mouvement de la sonate
Clair de lune avec une guitare hyper réverbérée (entre quelques très
larges extraits de la Cinquième et d'autres citations empilées sans
queue ni tête dans un développement speed hasardeux), y a vraiment des
gens pour crier au coup de génie ? Finalement, le curieux sentiment
d'avoir été globalement déçu par un album pourtant objectivement très
réussi.
- Dark Moor - Autumnal (2009) ★ ★ ½
Dark Moor est un groupe énervant. À chaque nouveau disque, ce qu'on
entend est agréable à l'écoute, et en même temps on ne peut pas
s'empêcher de penser que ce n'est pas vraiment ce qu'on attendait d'eux.
Cet album confirme en tout cas la tendance amorcée sur le précédent :
les espagnols donnent désormais dans le symphonique grand spectacle,
gonflé aux orchestrations et aux choeurs omniprésents, au point qu'on se
demande si son leader Enric Garcia n'aurait pas du postuler tout de
suite comme compositeur de bandes originales au lieu de continuer à
prétendre faire du metal (un titre comme For Her, on est vraiment
loin du speed des débuts du groupe). Les guitares sont au mieux
discrètes en-dehors des petits solos qui leur sont encore dévolus, les
titres bien évocateurs (The Enchanted forest, The Sphinx),
il ne manque vraiment que les images. Et peut-être aussi un peu
d'inspiration, car si tout cela est bien fichu et coule tranquillement
entre nos oreilles, il n'y a aucun titre vraiment marquant dans le lot.
Ou plutôt, celui qui frappe le plus, c'est le Swan lake qui ouvre
l'album, et pour cause puisqu'il s'agit (oui, encore...) d'une reprise à
peine arrangée de morceaux du ballet de Tchaikovski (soyons malgré tout
honnêtes, le bon Piotr souffre moins du traitement que Wolfgang ou
Ludwig qui l'avaient subi avant lui). Difficile d'imaginer Dark Moor
retrouver de l'originalité dans les albums qui vont suivre, mais le
groupe est clairement sur une pente descendante, même si ce disque-là
reste encore largement audible.
- Dark Moor - Ancestral Romance (2010) ★ ★ ★ ½
Les deux derniers disques de Dark Moor avaient clairement redéfini le
style du groupe en l'orientant vers un metal orchestral en Technicolor,
très inspiré par les musiques de film. Pas de surprise sur ce nouveau
disque, on reste dans le même esprit, comme le confirme le Gadir
initial, spectaculaire à souhait et ma foi assez jouissif malgré son
côté caricatural. D'ailleurs, c'est assez général sur cet album,
l'esprit "foutoir bon enfant" qui était présent sur les tout premiers
disques de Dark Moor est de retour, comme si le groupe avait été inspiré
par le fil conducteur de l'Espagne, qui sous-tend la plupart des
compositions de cette romance ancestrale. Si les titres mid tempos sont
à nouveau un peu trop lisses pour convaincre totalement, le très bariolé
Alaric the Marnac ou l'épique Mio Cid (magré un nouveau
repompage à peine déguisé du Mars de Holst en intro) sont assez
irrésistibles. On a même droit à une curieuse Cancion del pirata
chantée en espagnol (mais qui ne tombe pas dans la caricature de la
chanson à boire, ouf). Plus de variété donc que dans les deux disques
précédents de Dark Moor, peut-être trop même dans la mesure où Just
rock, sorte de We will rock you maison, est un ratage
complet. Autre bémol habituel pour le groupe, les utilisations de
musique classique qui n'apportent rien : certes, reprendre De Falla est
moins convenu que Beethoven, mais si c'est pour ne pas ajouter la
moindre note à l'original, ça ne peut qu'en être une pâle copie. Et les
quelques autres citations sont pour le coup incompréhensibles (quelques
notes de la Nuit sur le Mont-Chauve de Moussorgsky sorties de nulle
part, l'intro de la Cancion del pirata qui cite celle de Jupiter
des Planètes de Holst sans l'ombre d'un lien avec la suite du
morceau...). Mais bon, on a retrouvé ce "too much" qui est à la fois une
qualité et un défaut récurrent des meilleurs disques de Dark Moor.
Celui-ci est peut-être moins peaufiné que les précédents, il est malgré
tout beaucoup plus attachant.
- Dark Moor - Ars Musica (2013) ★ ½
Après avoir retrouvé des couleurs sur Ancestral romance, il
paraissait logique que Dark Moor joue la carte de la continuité avec un
nouvel album aux fortes consonances hispaniques. De fait, une petite
reprise d'Asturias pour conclure le disque, même si ce n'est pas
forcément le morceau classique le plus à même de mettre en valeur une
guitare électrique, ça ne peut pas totalement rater son effet. Mais pour
le reste, la continuité n'est pas si claire que ça, tant Dark Moor a
décidé de tirer son metal symphonique vers la facilité de titres
popisants assez agaçants. Franchement, une adaptation de My Way
(subtilement intitulée This is my way) avec chant dégoulinant et
arrangements orchestraux kitsch, est-ce vraiment ce qu'on attend d'un
album de ce genre ? Pas moi, en tout cas, et l'horrible ballade Gara
& Jonay enfonce le clou. Forcément, à côté, les titres un peu plus
classiques comme First lance of Spain ou El ultimo rey
(chanté en espagnol), malgré leur positivisme exacerbé qui pourrait
presque laisser penser que Dark Moor oeuvre en sous-main pour composer
la musique du prochain Disney, pourraient passer pour de belles
réussites. Mais le groupe a eu la mauvaise idée de caser au milieu de ce
marasme l'excellente Living in a nightmare, qui renoue de façon
éclatante avec un côté "gothique elfmanien" de moins en moins présent
chez les espagnols. Eh bien, quand on est capable de faire ça, on a
aucune excuse pour proposer le reste du temps une soupe fadasse à peine
sauvée par les fanfares de trompette (pour faire couleur locale). Ce
disque plaira probablement à un certain public, mais pas celui qui avait
acclamé (il y a maintenant bien longtemps) The Hall of the olden
dreams.
- Dark Moor - Project X (2015) ☆
Je m'inquiétais lors de ma critique précédente de la direction prise par
Dark Moor sur certains titres, peu susceptibles de convaincre les fans
historiques du groupe. Eh bien, j'étais très loin d'imaginer qu'ils
pousseraient le concept encore infiniment plus loin sur leur album
suivant. Leur candidature chez Disney ayant échoué, ils ont en effet
décidé d'abandonner complètement le metal pour proposer une comédie
musicale rock typée Broadway, basée sur une histoire d'enlèvement par
des extra-terrestres. Euh, vraiment, les gars ? Le titre et la pochette
n'était pas qu'une blague ? Hélas non. Après un Abduction encore
relativement rassurant malgré quelques touches de claviers "spatiaux"
malvenues, l'étendue du désastre s'étale ensuite sous nos yeux ébahis
(ou plutôt dans nos oreilles en l'occurrence) : plus de claviers que de
guitares, des lignes de chant à peine dignes d'une pop peu inspirée, et
un traitement affligeant des choeurs, alternant entre gros chorus façon
Broadway et... gospel absurde. Si tout ça était bien fait, ça pourrait
au moins pencher vers le nanar divertissant, mais c'est souvent très
pauvre, hyper décousu et, cerise sur le gâteau, de toute façon
difficilement audible dans la mesure où le chanteur Alfred Romero, qui
avait pourtant fait preuve d'une certaine compétence dans les albums
précédents, a manifestement été remplacé par son cousin affecté d'un
gros défaut de prononciation. C'en est même hallucinant, y a pas une
seule chuintante qui passe (quelle bonne idée de lui faire chanter
notamment un refrain contenant le mot "existence" toutes les deux
secondes !) alors que ce zozotement était inexistant auparavant, à se
demander ce qui lui est arrivé. En tout cas, ça rend l'écoute de ce
disque définitivement pénible. Un suicide artistique difficilement
compréhensible pour Dark Moor : si le leader Enric Garcia avait vraiment
envie de changer complètement de style, probablement eût-il été
préférable de fonder un nouveau groupe pour se lancer...
- Dark Moor - Origins (2018) ★ ★
Après le désastreux Project X, il ne semblait y avoir que deux
issues possibles : la disparition de l'ancien dark Moor pour laisser
place à un groupe de, euh, pas de metal en tout cas ; ou la disparition
pure et simple du groupe. Eh bien non, les espagnols ont réussi à
trouver une troisième voie inattendue (quoique, vus leurs revirements
permanents depuis maintenant un sacré bout de temps, finalement ce n'est
pas si surprenant) : repartir de zéro (cet album est auto-produit) dans
un style radicalement différent, à savoir un rock à peine métallisé mais
surtout à forte influence folk celtique. Mais oui, j'ai eu droit à un
rab de cornemuses après Grave Digger... Bon, une fois la surprise
de Birth of the sun passée (titre enlevé et gentiment sympatique,
malgré le zozotement à nouveau audible de Romero, qui s'atténue
toutefois très curieusement au fil de l'album), on alterne entre des
danses folkloriques simplistes et des mid tempo mielleux eux aussi
simplistes (et parfois de très mauvais goût, les choeurs et le refrain
de In the middle of the night, on est vraiment au niveau des
pires rebuts de la pop). Le groupe a au moins le bon goût de ne pas
étirer les pistes outre mesure (le contenu musical ne le mérite pas, si
on supprime les quelques arrangements orchestraux et les instruments
folkloriques, il ne reste vraiment rien), pour produire un disque qui a
le mérite de se laisser écouter si on n'est pas trop exigeant. Pas
vraiment suffisant pour acter la résurrection de Dark Moor, mais le
groupe a-t-il vraiment encore un avenir ? En tout cas, il n'a rien sorti
depuis huit ans...