Mon avis personnel sur les disques de Rotting Christ
- Rotting Christ - Thy mighty contract (1993) ★ ★ ★
Tout amateur de black metal sait que le mouvement a émergé dans le grand
Nord de l'Europe, avec une forte impulsion donnée en Norvège au début
des années 90. Ce qu'on sait moins, c'est qu'une branche du mouvement a
émergé quasiment à l'autre bout du continent, en Grèce, pratiquement au
même moment, et que ce black héllène a pour fer de lance un certain
Rotting Christ, et notamment ce premier album considéré par certains
comme culte (mais bon, dès qu'on entre dans le domaine du metal extrême,
tout et n'importe quoi peut être décrit comme culte ici ou là). Avec un
nom de groupe et une pochette pareils, on s'attend à un truc bien crade
et brutal, et... on a complètement tort. Le black proposé par Rotting
Christ est en effet assez éloigné de son cousin norvégien : son plutôt
propre (le côté précaire vient plus d'un clair manque de moyens que
d'une volonté de rendre la musique inaudible), tempos très retenus,
présence de claviers atmosphériques, et surtout des riffs de guitare
très mélodiques qui font souvent penser au Black Sabbath versant
proto-doom des débuts (l'intro de Dive the deepest abyss par
exemple). En fait, les marqueurs black sont surtout au niveau des rares
blasts de batterie (forcément, vu les tempos choisis, ça peut pas être
très frénétique), et surtout du chant ultra laid du leader du groupe
(quand il tente les cris sur Fgmenth, thy gift, ça tourne même au
franchement risible), deux points qui sont finalement les plus gros
points noirs de l'album ! Car point de vue instrumental, c'est vraiment
très intéressant, les riffs sont soignés, les atmosphères souvent aérées
pour du black, et les enchaînements limpides. Franchement, c'est à se
demander si le groupe a fait le bon choix en bifurquant vers le black,
mais quand on sait qu'ils ont commencé dans le grindcore, c'est déjà un
miracle de sortir pour un premier album longue durée quelque chose
d'aussi beau. Oui, beau, quoiqu'encore largement perfectible, c'est un
adjectif qui convient paradoxalement très bien à ce premier essai
encourageant.
- Rotting christ - Non serviam (1994) ★ ★ ½
Pour son deuxième album en deux ans, Rotting Christ reste sans surprise
sur la même ligne de conduite que dans Thy mighty contract : son
très clair pour du black metal (peut-être encore plus même que sur leur
premier disque), guitares très mélodiques et chant black assez laid. On
note quand même une volonté un peu plus affirmée d'accélérer le tempo
sur certains titres (Where mortals have no pride), pas forcément
une très bonne idée dans la mesure où les grecs sont clairement plus à
l'aide dans les mid tempo laissant le temps à leur mélodies et leur
exécution parfois un poil scolaire de se déployer sereinement.
D'ailleurs, le meilleur titre de l'album, Morality of a dark age,
est sûrement le plus lent du lot. Un ensemble trop inégal donc
(qu'est-ce que c'est que cet interlude complètement foireux qui semble
n'être là que pour justifier la présence de claviers sinon trop souvent
limités à un ou deux accords par chanson ?), même si ça reste assez
fascinant dans les bons moments.
- Rotting Christ - Triarchy of the lost lovers (1996) ★ ★ ★
Peut-on encore vraiment catégoriser un album comme "black metal" quand
quelques-uns des adjectifs qui vous viennent à l'esprit lors de son
écoute sont mélodique (voire même aérien par moments), tranquille (pour
ne pas dire pépère), voire mielleux sur certaines parties de guitare ?
Les deux premiers disques de Rotting Christ étaient déjà assez éloignés
des standards du genre, mais celui-ci amorce un tournant (qui sera
encore plus prononcé dans les albums suivants) vers une musique encore
plus douce et accessible, aux frontières du courant gothique dépressif,
avec seulement cette voix écorchée pour rappeler les origines du groupe.
Ici, ça s'anime quand même un peu plus sur la deuxième moitié, mais
quand on voit comme titre final The first field of the battle, on
s'attend à quelque chose d'infiniment plus épique que ce qui nous est
proposé ici (malgré l'apparition d'une rythmique un peu plus martiale en
cours de route). Et après tout, pourquoi pas ? Une fois de plus, l'album
est simplement beau, et si on accepte ce choix d'un metal extrêmement
peu nerveux, on passe un très bon moment. Je trouve quand même que le
manque de contrastes empêche le disque d'accéder à mieux que la
catégorie "curiosité sympa".
- Rotting Christ - A dead poem (1997) ★ ★ ★
Rotting Christ continue sa lente mais claire évolution vers une musique
plus accessible avec ce quatrième album, considéré probablement pour
cette raison comme leur meilleur par certains... mais sûrement pas par
les fans de black metal caverneux. Plus mélodique que jamais, avec un
son plus rock que vraiment metal, et l'apparition désormais indiscutable
d'éléments gothiques, on est parfois bien près du mièvre dégoulinant (le
chant susurré de Ira Incensus franchit même même assez clairement
la ligne). Je me serais également bien passé du motif de clavier
franchement niais de l'instrumentale Ten miles high, mais le
reste du temps, force est de constater que c'est un style certes un peu
trop "facile" pour créer mieux que des bons moments assez fugaces, mais
que les grecs maîtrisent particulièrement bien. Il y a même un vague
effort pour créer un peu de contraste sur certaines pistes (chose dont
je reprochais l'absence sur leur disque précédent), à l'image de cette
rythmique très "terminatorienne" en intro de As if by magic.
Bref, même s'il semble de plus en plus évident en parcourant leur
discographie que les membres de Rotting Christ se sont légèrement
plantés de voie en voulant faire du metal extrême, je ne regrette pas
jusqu'ici la découverte, rien d'inoubliable mais on passe de bons
moments avec eux.
- Rotting Christ - Sleep of the angels (1999) ★ ★
Après avoir entamé un virage "gothique" assez prononcé, Rotting Christ
semble vouloir revenir à quelque chose de plus sombre sur la première
piste de son nouvel album, Cold colours. En fait, c'est assez
illusoire, les claviers qui ouvrent le disque (ils seront peu présents
ensuite) étant surtout le prélude d'un album beaucoup plus varié, où le
groupe grec expérimente un peu tout... et beaucoup n'importe quoi !
Déjà, il faut réussir à accepter le fait que le chant black est de moins
présent, souvent remplacé hélas par un espèce de susurrement grave du
plus mauvais goût. Sur Der perfekte Traum, chantée en allemand
comme son titre l'indique, on est même pas loin du ridicule le plus
complet. Surtout, ce style vocal colle peut-être encore moins bien que
le précédent à la musique proposée côté guitares, toujours plus
mélodiques et légères (la plupart des riffs pourraient facilement être
transposés dans un univers nettement moins metallisé sans que ça
choque), et qui semblent vivre leur vie indépendamment des autres
musiciens (on a même droit à des touches orientales incongrues sur
certains solos). On passe ainsi de breaks atmosphériques plus ou moins
inquiétants (l'intro de Imaginary zone par exemple) à des
mélodies de guitare qui auraient plus leur place sur un album de rock
alternatif, le tout nimbé d'un chant tantôt gothique, tantôt black, pour
un résultat qui continue malgré tout à garder de façon assez peu
compréhensible un certain charme. Mais soyons honnêtes, si on continue à
tendre l'oreille à chaque nouvelle piste, on est effectivement souvent
surpris, mais rarement vraiment emerveillé par ce qu'on entend ici.
- Rotting Christ - Khronos (2000) ★ ★ ★ ★
Après un tournant gothique qui laissait craindre que Rotting Christ ne
vire définitivement au groupe infréquentable, retour aux affaires pour
les grecs au tournant du millénaire, avec un album qui renoue beaucoup
plus clairement avec l'esprit de leurs tous premiers disques. Des
ambiances souvent sombres, beaucoup moins de mélodies mielleuses aux
guitares, une augmentation globale du tempo et un chant beaucoup plus
"dark" (c'est souvent plus éructé que vraiment chanté), il n'y a que sur
Art of sin qu'on trouve trace des errements de leur album
précédent. Cette piste fait d'ailleurs partie d'un ventre mou assez net
en milieu de disque, puisqu'elle est suivie de Lucifer over
London, reprise dispensable (d'un groupe dont je n'avais jamais
entendu parler) qui finit par agacer avec son refrain beaucoup trop
répété, puis d'un intermède bruitiste franchement spécial. Mais pour le
reste, c'est vraiment du tout bon ! Claviers datés mais qui contribuent
à créer des ambiances (sur)prenantes, souvent inquiétantes sans être
totalement malsaines, passages mélodiques qui montrent que le groupe n'a
pas du tout perdu la main de ce point de vue, et quelques innovations
qui fonctionnent étonamment bien (sur You are I, on n'est pas
loin d'une espèce d'indus façon Rotting Christ, ça pourrait être
ridicule, mais ça marche !). On se laisse vraiment immerger dans les
ambiances improbables créées par le groupe, et à la fin du voyage, on
constate qu'on tient là leur meilleur album, le premier à mon avis qui
puisse même se targuer d'être incontournable, dans un style finalement
très personnel.
- Rotting Christ - Genesis (2002) ★ ★ ★ ½
Après un Khronos particulièrement convaincant, Rotting Christ
continue à creuser un nouveau sillon nettement plus conforme à l'image
véhiculée habituellement par le black metal. Non, non, je ne parle pas
des pochettes assez spéciales (et pas vraiment réussies à mon sens) de
ces albums, mais bien de la musique, à nouveau très intéressante sur ce
disque peut-être un plus inégal que son prédécesseur, mais dont les
fulgurances sont encore plus impressionnantes. Les riffs de guitares
tranchants qui viennent percer après des intros souvent surprenantes
(claviers, choeurs grégoriens, et beaucoup de chant clair très
monolithique qui donne la curieuse impression que nos amis grecs
chantent en allemand, peut-être à cause d'une lointaine parenté avec le
style de chant de Rammstein) sont vraiment énormes, à l'image de
celui de Release me, le titre le plus marquant de l'album. Le
reste du temps, on alterne le très bon (ces ambiances de messes noires,
comme sur le très âpre Daemons qui ouvre l'album, mais aussi ces
moments nettement plus mélodiques, à l'image de la conclusion de
Under the name of legion avec sa voix féminine en fond) et le
nettement plus oubliable (Ad noctis, ou le refrain beaucoup trop
répété de In domine Sathana). Mais si le disque est largement
perfectible, ça reste quand même diablement séduisant, grâce à ces
ambiances souvent prenantes et ces guitares toujours étonnantes.
Vraiment, Rotting Christ est un groupe qui me plait de plus en plus.
- Rotting Christ - Sanctus diavolos (2004) ★ ★ ★ ½
Pour son huitième album en à peine plus de dix ans d'existence, Rotting
Christ confirme son retour à un black bien moins "mignon"que ce qu'il a
produit à une époque (le son du titre d'ouverture Visions of a blind
order est assez laid, et par ailleurs pollué par de curieuses
imitations de cris de mouette aux guitares (je suis presque sérieux...)
et on a même droit à des tentatives assez risibles comme l'espèce de
"cri vomi" au début de Tyrannical), porté par des choeurs qui
renforcent le côté "religieux" de l'ensemble (pas vraiment extatique, on
est plus du côté sombre de la force, même si on ne tombe jamais dans le
glauque ou le malsain avec les grecs) et des ambiances très travaillées
qui font encore une fois souvent mouche. Si la batterie n'était pas
aussi linéaire, Thy wings thy thorns thy sin serait vraiment un
titre exceptionnel, et l'interlude Sanctimonius, presque planant,
offre une respiration magique au milieu de titres où les tempi élevés
dominent nettement. Comme toujours avec Rotting Christ, et même si elles
sont moins dominantes qu'avant, les guitares nous gratifient de mélodies
superbes, et l'équilibre est bon avec les choeurs et autres touches
orchestrales au clavier. On notera quand même une volonté d'aller de
plus en plus vers une musique presque expérimentale (les percussions
tribales qui introduisent la chanson titre) pas encore totalement
maîtrisée, mais qui donne envie d'écouter ce que les grecs ont encore à
nous proposer dans leurs albums ultérieurs. Celui-ci, s'il est comme son
prédécesseur un peu inégal, conclut malgré tout une trilogie de belle
facture.
- Rotting Christ - Theogonia (2007) ★ ★ ★ ★
Ralentissement du rythme des sorties confirmé pour Rotting Christ (trois
ans entre leur précédent opus et celui-ci), mais cela leur a permis de
mettre les petits plats dans les grands pour celle-ci : nouveau label,
touches orchestrales de plus en plus présentes, introduction
d'instruments traditionnels grecs, et plus généralement une volonté
claire d'ajouter une teinte locale visible à leur black déjà très
personnel. La thématique de l'album est centrée sur la Théogonie
d'Hésiode, et on a droit à quelques titres en grec (autant au niveau du
titre de la chanson que de la langue chantée !). Une excellente
initiative dans la mesure où ça ajoute une touche supplémentaire
vraiment bienvenue aux atmosphères créées, notamment sur un
Nemesis vraiment excellent (les percus tribales, la flûte
traditionnelle, ça se mêle très bien aux riffs de guitares très
mélodiques habituels du groupe). Même quand ça part franchement mal (le
début de Enuma Elish ne ressemble pas à grand chose), une
trouvaille réussit à sauver le coup (ici le passage orchestral aux
sonorités orientales en fin de piste). S'il y a malgré tout quelques
pistes moins convaincantes (les répétitions peu inspirées de He, the
Aethyr notamment), le voyage est fort séduisant dans l'ensemble, et
les choeurs mystiques parcimonieusement exploités ajoutent encore au
côté dépaysant de l'ensemble. Rotting Christ confirme ici qu'il est
vraiment un groupe à découvrir.
- Rotting Christ - Aealo (2010) ★ ★ ★
La volonté était déjà claire sur leur précédent album, elle devient
presque envahissante sur celui-ci : Rotting Christ tient à ajouter de
plus en plus de touches ethniques à son metal, et s'ajoutent donc ici
aux ponctuations d'instruments traditionnels (toujours très bien
utilisées) des choeurs féminins qui me convainquent beaucoup moins. Bien
sûr, la couleur locale grecque est appréciable, mais la relative
surchage chorale a plus tendance à parasiter le discours qu'à vraiment
l'enrichir, notamment sur la chanson titre qui ouvre dl'album. Et puis
l'intermède a capella Nekron Iahes est plus saoûlant qu'autre
chose, même si ce n'est rien à côté des neuf minutes de déclamation de
Diamanda Galas sur Orders from the dead, qu'on peut certes
considérer comme une sorte de bonus mais qui plombe bien la fin de
disque. Dommage, car Rotting Christ reste excellent quand il fait du
Rotting Christ : Demonon vrosis avec son riff aux harmoniques
aiguës typiques, ...Pir Threontai et ses guitares bondissantes,
et les percussions tribales qui sont désormais installées comme un
marqueur net du style du groupe. On tient encore là un bon album, mais
un petit peu gâché par cette volonté d'en faire peut-être un peu trop.
- Rotting Christ - Kata ton Daimona Eautou (2013) ★ ★ ★ ★
Après avoir introduit des choeurs féminins sur leur précédent disque (et
en avoir abusé), Rotting Christ continue à explorer des voies nouvelles
en appuyant très fortement cette fois-ci sur les incantations rituelles,
avec des rythmiques d'une remarquable absence de subtilité (la batterie
en mode mitraillette sur 80% des pistes), des ambiances souvent tribales
et une belle variété de titres faisant intervenir des caractères non
latins, ce qui m'arrange beaucoup pour mes comptes-rendus ! Si le disque
n'évite pas totalement une certaine monotonie sur le fond, il y a quand
même suffisamment de variété dans la forme et l'habillage des chansons
(du riff typé hard-rock de Grandis spiritus diavolos aux choeurs
hiératiques de Kappa Ksi Zeta, en passant par le piano entêtant
de Cine Iubeste Si Lasa) pour ne pas lasser. Mieux, plusieurs
titres sont vraiment marquants, à commencer par le monumental In
Yumen-Xibalba initial. Si on aime le style "cérémonie obscure" qui
sera désormais prépondérant dans les abums de Rotting Christ, c'est
vraiment très bon.
- Rotting Christ - Rituals (2016) ★ ★ ★ ★
Le titre de cet album est clair : Rotting Christ continue son petit tour
du monde de l'occulte et des rituels, et enfonce encore plus le clou au
niveau de la musique proposée. Rythmiques massives, batterie simpliste,
beaucoup de déclamation et de passages parlés, souvent d'ailleurs avec
des invités au "chant", les grecs nous proposent un bloc impressionnant
d'incantations sombres, variant les langues mais pas vraiment le style.
Une sorte de minimalisme qui n'est pas sans rappeler le courant musical
du même nom, avec ces répétitions assumées et ces motifs souvent très
primaires. Pour moi qui apprécie Glass et consorts, pas de risque
d'allergie à ce style, qui arrive tout de même à éviter de lasser ici
pour la simple et bonne raison qu'une majorité des pistes réussissent à
produire un effet saisissant : la récitation de Baudelaire (oui, oui, en
français dans le texte, et sans accent qui est plus est !) sur fond
basique des Litanies de Satan fonctionne à merveille, les choeurs
féminins déchaînés de Elthe Kyrie aussi, et Konx Om Pax,
malgré son emprunt un peu voyant au Mars de Holst côté rythmique, est
écrasant de puissance. Seule la fin du disque, avec ses reprises
discutables (ne pas se laisser abuser par le titre The Four
Horsemen, peut-être qu'une reprise de Metallica aurait été
amusante, mais il s'agit ici de la chanson du même nom d'Aphrodite's
Child, mythique groupe de prog grec avec en tête d'affiche Vangelis
et Demis Roussos, ça ne s'invente pas), fait baisser un peu la tension
et empêche peut-être pour moi d'être encore plus emballé par cet album.
Il se hisse tout de même à mon sens au niveau des plus belles réussites
de Rotting Christ, même si le parti-pris de bourrinitude continue ne
plaira sûrement pas à tout le monde.
- Rotting Christ - The Heretics (2019) ★ ★ ★
Après avoir atteint une sorte d'apogée dans le minimalisme avec leur
album précédent, qu'allaient pouvoir faire les grecs pour innover dans le
suivant ? La réponse tient en quatre lettres : rien. C'est d'ailleurs
confirmé par le leader Sakis Tollis dans ses interviews récentes, il
s'estime désormais trop vieux pour innover et se contentera donc de
poursuivre sa route dans ce style il est vrai assez facile à reproduire
: un son clinquant mettant bien en valeur les rythmiques simplistes mais
frappantes (du bon vieux triolet de bourrin à la louche), quelques
choeurs solennels pour ajouter à la majesté de l'ensemble, et le moins
possible de chant par ailleurs (Tollis semble ne plus trop avoir envie
de se fatiguer de ce point de point de vue, on a donc énormément de
passages parlés, et même quand ça chante, c'est très très poussif). On
recycle bien sûr par ailleurs les mêmes thèmes que précédemment, de
l'occulte, du "god" et du "fire" dans une bonne moitié des titres,
surtout pas la moindre prise de risque. Des choix forcément décevants,
même si le disque est loin d'être mauvais, et pourrait même marquer ceux
qui découvriraient le groupe par son biais (In the name of God en
intro, ça reste diablement efficace, et le Dies irae qui reprend
en partie la célèbre mélodie grégorienne est une bonne idée). Les autres
n'y verront qu'une sorte de face B de Rituals, un peu moins bonne
et surtout beaucoup trop similaire (le solo de guitare de Fire god
and fear, on ne l'aurait pas déjà entendu quelque part ?).
- Rotting Christ - Pro Xristou (2024) ★ ★ ★
On l'avait bien compris avec l'album précédent, le temps de l'innovation
est terminé pour Rotting Christ, qui se contente désormais de recycler
ses (bonnes) idées à longueur d'album. Pas de quoi fuir tout de suite
malgré tout, car les grecs ont la très bonne idée cette fois-ci
d'alterner les pistes rituelles avec percussions tribales et gros
choeurs guerriers (qui continuent par ailleurs à faire leur petit effet,
Saoirse en conclusion par exemple fonctionne très bien) avec
d'autres beaucoup plus mélodiques où c'est la guitare qui revient sur le
devant de la scène avec ses longues mélodies typiques de la première
partie de carrière du groupe. Tellement typiques d'ailleurs qu'on a
quand même assez sérieusement l'impression d'entendre plusieurs fois la
même à une ou deux nuances négligeables près, ce qui confirme quand même
que l'inspiration n'est plus totalement là chez l'ami Sakis Tollis.
Heureusement, ça n'empêche pas de passer encore une fois un bon moment
en compagnie de Rotting Christ, avec donc un contenu un peu plus varié,
même si on ne peut bien sûr que conseiller à ceux qui découvriraient le
groupe via ce disque d'aller creuser plus en amont dans leur
discographie pour y trouver quantité de titres similaires mais plus
marquants que ceux proposés ici.