"Ha!" L'homme lache une main de son épée et touche ce qu'il reste de son
visage, avant de s'écrouler.
"Bon, on arrête là ?"
"Ouais, vous m'avez bien amoché"
Les deux hommes disparaissent et la lumière s'allume. On les voit tous
deux, indemnes, dans une combinaison moulante. L'un d'eux est allongé par
terre et tente en vain de se relever. On entend un déclic dans la pièce
et l'homme bondit sur ses pieds.
Tandis qu'ils enlèvent leur combinaison pour enfiler d'autres vêtements,
ils continuent à discuter :
"Il va falloir gérer un peu mieux votre garde, c'est rentré comme dans du
beurre"
"Moui, l'épée est un peu trop lourde pour moi, aussi"
"Vous aviez le choix de l'arme. Longue, mais lourde..."
Les deux hommes continuent de s'habiller en silence, puis sortent de la
pièce. Une fois à l'air libre, ils prennent congé l'un de l'autre et
l'entraîneur accueille un autre client.
L'autre homme rentre tranquillement chez lui. Une fois arrivé, sa femme
l'accueille. Elle voit les cheveux tout ébouriffés :
"Tu as repris ton entraînement, hein? Tu sais que je n'aime pas cela..."
Ce disant, elle s'approche de lui et l'embrasse tendrement.
"Oui, mais ça me permet de décompresser après le travail".
"Tu te souviens de la femme du voisin? Tu ne voudrais pas qu'il arrive la
même chose, n'est-ce pas?"
A l'évocation du corps coupé en morceaux par un couteau de boucher,
l'homme a un frisson et son bras se crispe autour de la taille de la
femme.
"Je fais attention..."
"Mais la simulation est trop parfaite, il pourrait arriver à n'importe
qui de la confondre momentanément avec la réalité."
"Je n'utilise jamais d'arme que je pourrais trouver ici."
Il continue quelques instants à caresser tendrement sa femme, puis eut un
brusque mouvement de recul. Elle le regarde un instant, le regard dur :
"Tu es tombé"
"Oui, il m'a coupé le vi..."
Voyant la mine dégoûtée de sa femme, il s'arrête net.
"Va t'allonger, je te rejoins."
L'homme obéit docilement et va s'allonger sur son lit, où il est rejoint
quelques minutes plus tard par sa femme, qui se blottit contre lui.
Les caresses reprennent, doucement, tendrement.
(Murmures) "Heureusement que tu ne nous oublies pas!"
"Oh non ne t'inquiète pas, ça ne risque pas!"
Un peu plus tard, le couple s'endort, enlacé.
Au milieu de la nuit, l'homme se réveille en sursaut.
"Qu'y-a-t'il ?"
"Je t'ai réveillée ?"
"Non, je ne dormais pas"
Comprenant le lourd sens de ces paroles, il tente de l'apaiser.
"Un cas difficile au bureau, qui me travaille depuis un bout de temps."
Elle se tourne vers lui et plonge les yeux dans les siens.
Un long moment passe, puis l'homme esquissa un sourire, auquel elle
répondit.
"N'aie pas peur, ma chérie, tout se passera bien"
"Ça va être difficile..."
Le lendemain matin, l'ehomme se lève silencieusement pour ne pas
réveiller sa femme, s'habille et entre dans la chambre voisine pour
embrasser doucement son fils. Au moment de sortir de l'appartement, sa
femme le rejoint.
"Ne rentre pas trop tard, ça fait plusieurs jours qu'il ne t'a pas vu"
"Promis. À tout à l'heure."
"Je t'aime."
Il répond par un sourire, puis sort de l'immeuble.
Sur le chemin du travail, ses préoccupations le reprennent : une affaire
de bébés, retrouvés noyés dans le lac à côté de la ville. Le tueur ne
laissait aucune trace, et personne ne savait d'où venaient les bébés.
Tous sont morts d'étouffement, par un oreiller sans doute.
À peine arrivé au commissariat, il est assailli par un de ses collègues :
"ça-y-est, on l'a eu! C'est un maître en art martiaux, on a retrouvé un
corps de bébé au milieu d'instruments d'instruments d'escrime médiévale"
Soulagé, le policier passe la matinée à boucler l'affaire, puis décide de
rentrer chez lui.
En arrivant dans le hall du commissariat, il tombe sur une collection
d'épées en fer forgé, et a un geste pour en aggriper une, avant de se
ressaisir. Il s'adresse au gardien :
"Qu'est-ce que ça fait là ?"
"On sait pas quoi en faire, elles étaient dans les affaires du gars"
"Je peux en prendre une pour décorer? elle sont jolies..."
"Oui, mais attention, ça coupe !"
L'homme choisit une des épées, l'emballe pour la transporter, puis
retourne chez lui. En arrivant chez lui, il la sort de l'emballage et la
montre à sa femme, qui écarquille les yeux.
"Elle est jolie, n'est-ce pas ?"
"Mais..."
Lisant la peur dans les yeux de sa femme, il veut la rassurer :
"C'est une épée de décoration, pour accrocher. Non?"
Au même moment, on entend un cri venant de la chambre du garçon
"Yaha!"
Le petit sort de la chambre en trombe, une épée en plastique à la main,
et se rue sur son père. Par habitude, l'homme attrape son épée et la sort
du fourreau en un éclair. La femme hurle.
Un coup part, découpant le petit bonhomme de bas en haut; l'épée termine
sa course dans la tête de la femme.