Depuis le 16 mai 2007, date de son élection à la présidence de la
République, M. Sarkozy a multiplié, en moins d'un an, les déclarations
et les décisions contestables, et, pour un nombre non
négligeable d'entre elles, inquiétantes et inadmissibles. De
nombreuses voix se sont d'ores et déjà élevées contre son mode de
gouvernement et les projets politiques qu'il a entamés. A l'heure où,
après m'être d'abord opposé sans succès à sa candidature (comme un peu
plus de 46% des électeurs au second tour), je suis de
plus
en plus inquiet
devant la tournure que prend la vie politique, il me paraît nécessaire
de prendre position, si brièvement que ce soit, et d'exprimer à mon tour
mon refus complet et déterminé de son "projet pour la France".
M. Sarkozy :
- dévoie la fonction présidentielle en prétextant le dynamisme
et la rupture avec les usages antérieurs pour masquer son incapacité à
assumer dignement la charge qu'il a eu l'ambition d'endosser ;
- utilise en permanence une rhétorique de l'urgence et
d'entretenir artificiellement un climat d'exception permanente, pour
mieux s'autoriser à tous les court-circuitages des procédures normales
;
- remet en cause les valeurs fondatrices de la République, en
confondant de fait dans ses discours et en remettant en cause sur le
plan légal la loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, au
profit d'une conception réactionnaire des liens de la France au
christianisme et en ouvrant pignon sur rue à des organisations
sectaires telles que l'Eglise de scientologie ; en tenant des propos
colonialistes et racistes à l'égard
des pays africains (allocution à l'Université de Dakar le 26 juillet
2007) ; en remettant en cause le principe de non rétroactivité des lois
et en remettant en cause les décisions sans appel du Conseil
constitutionnel (projet de loi sur la rétention de sûreté), et en
outrepassant son rôle de chef du pouvoir exécutif en prétendant
imposer ses volontés au pouvoir judiciaire, remettant ainsi en
cause l'équilibre nécessaire des pouvoirs ;
- par là même, nuit gravement à l'image de la France à l'étranger,
auprès des Nations Unies (Dakar, encore) et de l'Union européenne (par
ses propos vagues autant que contradictoires sur une "Union pour la
Méditerranée) ;
- outrepasse ses fonctions de Président en prenant des décisions
arbitraires dans divers domaines à la place des institutions
concernées, en particulier dans le domaine de l'éducation (lecture
de la lettre de Guy Môquet ; prise en charge par chaque enfant de
CM2 de la mémoire d'un enfant victime de la Shoah) ;
- affaiblit le régime en menant une politique dont on a
chaque jour de nouvelles raisons de croire qu'elle est conduite par
des valeurs sous-jacentes réactionnaires et autoritaires, voire
antidémocratiques.
Autant on ne peut que se féliciter des vives réactions que cette
politique, dans ses réalisations les plus consternantes, a suscitées de
la
part de personnalités importantes du
monde politique et intellectuel, parmi lesquelles Robert Badinter,
François Bayrou et Simone Veil, et d'organisations telles que la
Ligue des droits de l'homme, autant je reste
sidéré et inquiet devant le manque de réaction de l'opposition en
général, et du Parti socialiste en particulier.
Je ne peux que répéter mon opposition à ce projet politique, et
inviter mes camarades de promotion et mes connaissances à l'Ecole à
la plus grande vigilance dans ce domaine.
03/03/2008
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