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Je suis le
serpent Sa-en-ta, l'habitant du sein de la terre; je suis mort
et je renais, renouvelé; chaque jour je retrouve une nouvelle
jeunesse
Papyrus d'Ani. Chapitre LXXXVII (tr. adaptée de Burge)
Les génomes se répliquent, alors que les cellules se reproduisent.
Nous explorons ici le dialogue entre reproduction et réplication,
fondée sur une analyse en profondeur des génomes bactériens,
en relation avec le vieillissement. Fabriquer des jeunes structures
à partir des plus vieilles implique de créer de l'information.
Nous revisitons brièvement visite la Théorie de l'information,
en montrant que les lois de la physique permettent la création
de novo d'information, pourvu qu'un mécanisme consommateur d’énergie
préservant les entités fonctionnelles permette que des entités
accumulent de l'information. Nous suggérons que la source d'énergie
nécessaire pour permettre la reproduction quand la réplication
est temporairement arrêtée pourrait être les polyphosphates dont
on sait qu’ils sont ubiquistes. Enfin, nous montrons que plutôt
que de maintenir et de réparer l'individu originel, les organismes
ont tendance a se métamorphoser en jeunes, parfois totalement
et parfois progressivement. Cela permet aux systèmes vivants
d'accumuler l'information de génération en génération mais a
le défaut, dans les organismes multicellulaires, d'ouvrir la
porte à l'immortalisation, qui conduit au cancer. Cette vision
particulière distingue ainsi ce qui construit la vie de ce qui
la perpétue. Il n'y a pas d'immortalité autre que dans le fait
de construire un organisme jeune qui remplacera ceux qui l'ont
précédé. |
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Pour une
Biologie Symplectique |
Avertissement : le
contenu conceptuel de cette présentation dépend fortement de
la langue qui l'exprime, et il n'est donc pas rigoureusement
identique en français et en anglais. Au surplus il correspond
à une pensée en cours d'élaboration, et n'est donc pas fixé dans
le temps.
On notera aussi que nous avons créé un
journal (en anglais) évalué par les pairs, d'accès libre et gratuit,
destiné à publier les travaux de ce domaine en émergence, Symplectic
Biology.
La Science évolue au travers d'une association
intime entre la création de concepts et de techniques
(voir la
méthode critique générative), en parallèle avec un dialogue
constant entre les découvertes
et leurs applications.
S'il existe bien une recherche purement appliquée, illustrée par les
travaux d'un ingénieur comme Edison, ou une recherche purement
conceptuelle, typique de celle de Niels Bohr, la nécessité d'une
motivation sociale se fait jour dès qu'il faut mettre en œuvre
le développement de technologies coûteuses. Et si la réflexion
mathématique ne demande souvent qu'un salaire, du papier et un
crayon, ce n'est pas le cas de la plupart des travaux de recherche.
Louis Pasteur avait bien compris cet ancrage de la création scientifique
dans le monde concret de l'économie. Et pour réaliser l'exploration
conceptuelle du Monde, il choisissait systématiquement comme
prétexte à la découverte, une question importante pour l'imaginaire
collectif (l'origine de
la vie), l'industrie (les maladies de
la bière et du vin), ou le grand public (les maladies infectieuses).
La méthode usuelle dont la Science procède est
la méthode hypothético-déductive,
qui fait usage d'un modèle du Réel pour le mettre
en regard des résultats
et du comportement d'expériences construites avec l'objectif de
mettre au jour les limites des hypothèses. Bien que cette façon
de voir soit très efficace pour planter le décor, tout en
produisant un arrière-plan conceptuel fort pour expliquer les progrès
de la science, seule, elle ne conduit pas à la découverte.
La découverte
ne peut être décidée à l'avance. La recherche
pilotée
par la découverte doit donc combiner cette approche de référence (Gréco-Latine)
avec les approches pilotées par les données (souvent
privilégiées
par le monde Anglo-Américain) ou par le contexte (privilégiées
par le monde Chinois).
L'expérience d'un long séjour
à Hong Kong nous a permis de découvrir cette
complémentarité, et
de rendre explicites les contraintes sous-jacentes (qui expliquent que,
dans un monde pour l'instant dominé par la langue anglo-américaine un certain
nombre de façons de penser soient extrêmement difficiles à diffuser).
Afin de mettre en pratique cette façon de voir, nous avons créé
une entreprise, AMAbiotics, dont l'objectif est de développer
de la recherche en amont de questions posées par une motivation
sociale. Dans le cas des premiers travaux de cette société il
s'agit de découvrir si l'étude du métabolisme collectif d'un
individu et de sa flore associée permet de comprendre la façon
dont se complémentent mutuellement le métabolisme de l'individu
et celui de sa flore. Tout déséquilibre se manifestera en effet
par une accélération du processus de vieillissement, avec les
effets délétères qu'on peut en attendre.
Dans la mesure où un grand nombre de concepts utilisés dans
la vision proposée fait usage de certains mots à la connotation
lourdement marquée par la sociologie politique du moment, il
me semble essentiel de rappeler ces phrases de Zinoviev (qui,
en traduction, datent de ... 1977 !). Le lecteur est donc
prié d'exercer autant que possible son esprit critique vis
à vis des propositions qui sont formulées ici. Ce n'est pas
parce qu'une énorme partie des faux intellectuels du moment
utilisent les mêmes mots que les concepts sous-jacents sont
les mêmes... On se méfiera en particulier des circonstances
où deux mots sont utilisés comme s'ils étaient interchangeables
(par exemple "entropie" et "désordre") car c'est le signe de
l'intrusion subreptice d'une idéologie qui n'ose dire son nom.
"Au cours
des dernières décennies il est apparu une multitude de groupes,
de secteurs, de divisions, de départements, de séminaires,
de conférences, de symposiums, de colloques, de revues, de
recueils, d'associations, de congrès, etc., consacrés à la
méthodologie scientifique. (...) La
liste des travaux en méthodologie s'allonge de façon menaçante. (...) Naturellement,
la méthodologie scientifique cherche à marcher au même pas
que le développement des sciences concrètes, et à paraître
moderne et d'avant-garde. Cependant, elle ne le fait pas en
élaborant son propre système de concepts et de principes méthodologiques
de la connaissance, mais en annexant spontanément des idées,
des concepts et des propositions des sciences concrètes à la
phraséologie méthodologique. C'est le cas, en particulier,
des nouvelles méthodes d'approche sur de vieux problèmes, qui
ont bénéficié d'une grande vogue ces derniers temps. Ce sont
les méthodes fondées sur les systèmes, les modèles, les structures,
les fonctions, l'information. Pour se représenter ces théories
généralisatrices, le lecteur pourra entreprendre, par exemple,
de construire une théorie méthodologique des fonctions, qui
engloberait les fonctions mathématiques, la méthode fonctionnelle,
et les fonctions d'une section syndicale dans les entreprises
de l'industrie textile. En définitive, tout le kaléidoscope
de mots comme "système", "systématique", "information", "structure", "fonctionnel", "modèle",
etc., qui a cours dans le flot puissant de la méthodologie,
n'exprime le plus souvent que les coloris de notre époque,
et non les résultats de recherches sérieuses. Bref,dans le
domaine de la méthodologie scientifique, la motivation déterminante
n'est plus la recherche désintéressée de la vérité, mais le
désir d'occuper une place plus douillette dans l'immense armée
des hommes qui vivent sur le compte d'un petit nombre de problèmes
banals."
Alexandre Zinoviev (Александр Александрович Зиновьев)
Les hauteurs béantes
trad Wladimir Berelowitch
L'Age d'Homme (1977)166-168
La méthode critique est inséparable d'une approche analytique
qui commence par déconstruire l'objet, ou le processus auquel
elle s'intéresse. Mais cette analyse ne peut nullement être une
fin. On ne comprend pas une entité compliquée
simplement en la disséquant.
On remarquera cependant que c'est là une étape essentielle, longtemps
interdite par des contraintes religieuses, et qui a été remarquablement
illustrée par les leçons d'anatomie d'Ambroise Paré, et célébrées
par Rembrandt. Dès cette étape, malgré ses limites, on commence
à pouvoir agir sur le Monde, et la chirurgie, aujourd'hui l'une
des disciplines les plus efficaces de la médecine, lui doit infiniment.
On n'aura commmencé à comprendre, cependant, que lorsqu'on qu'on
aura commencer à reconstruire. Et cela commence avec la constitution
de modèles du Réel. Un élément
essentiel de l'aller-et-retour entre le modèle et le Réel
sera d'abord la reconstruction d'un ensemble "réaliste" qui
incorporera la totalité de la
connaissance à un moment donné dans un système explicitement
mis en action. C'est là l'objectif central de la Biologie Synthétique
qui commence à constituer
son programme de recherche au début du XXIe siècle.
Mais pour comprendre cet effort il convient de revenir à ce
qui est le cœur de la Biologie, le concept de forme.
Depuis le temps de Claude Bernard, qui se fit l'avocat de l'étude
de la Biologie à partir du monde de la Physique et de la Chimie,
la Physique a été le théâtre d'une extraordinaire révolution,
marquant la fin de la Physique Classique (la théorie de la Relativité
est le dernier avatar du déplacement anthropocentrique commencé
par Copernic et ses prédécesseurs). La création de la Physique
Quantique mit au jour une carence profonde dans la façon dont
s'articulent les quatre catégories centrales de la Nature, Matière,
Energie, Espace et Temps, résumée dans l'équation d'une merveilleuse
concision écrite par Albert Einstein E = mc2.
C'est que la révolution de la Physique Quantique, en 1905, introduisit
une nouvelle description formelle de la Nature fondée sur un
formalisme mathématique (algébrique et discontinu) entièrement
différent de celui (fondé sur l'Analyse et le continu) de la
Physique Classique et qui permettait d'introduire une nouvelle
vue, orthogonale, de la nature des choses. La séparation de ces
deux domaines était si importante qu'Albert Einstein lui-même
vit que, pour résoudre les contradiction inhérentes à la co-existence
de ces deux façons de représenter la Nature, il fallait supposer
l'existence de « variables
cachées »
qui auraient permis, si elles existaient, de conserver les contraintes
du modèle classique. Nous savons aujourd'hui que toutes les
expériences destinées à découvrir ces variables ont échoué. C'est
ainsi que l'inégalité de Werner Heisenberg, Δx
Δp ≥ h/4π, est
parfaitement significative d'une propriété originale du Réel.
Elle introduit indirectement, en plus des quatre catégories
formant le Réel, déjà citées, une cinquième catégorie, Information:
c'est en effet un manque d'information qui rend compte de l'indétermination
de la position et du momnet d'entités quantiques individueslle,
qui, autrement, sont caractérisées par un ensemble de propriétés
qui relèvent des quatre catégories standard de la Physique
Classique.
Le rôle de la forme, depuis les premiers
penseurs présocratiques,
a été systématiquement mis en évidence, mais pas toujours comme une
catégorie en soi (comme c'était le cas chez Aristote par exemple).
De fait, à partir de la révolution qui a fait passer de la vision
des quatre éléments encore retenue par Cavendish et Priestley, par
exemple, à celle de Lavoisier et Dalton, la théorie atomique a surtout
perçu la forme comme un dérivé explicable par les propriétés intrinsèques
des atomes. La combinaison de la réflexion sur l'énergie, puis de
son lien géométrique, spatial, avec la matière et avec les atomes
a éloigné pour un temps la prééminence de la forme comme catégorie
de la Physique.
Pourtant, très vite, la Biologie est venue apporter, par sa façon
"gratuite" (pour reprendre un terme que Jacques Monod affectionnait)
de considérer la forme, une sorte de démenti à l'idée que la forme
pourrait être seulement dérivée de l'assemblage des atomes selon
leurs propriétés intrinsèques au sein des quatre catégories, matière,
énergie, espace et temps. En bref, malgré toutes ses qualités, l'équation
de Schrödinger, à elle seule, ne peut pas prédire, ni même dire la
règle du code génétique. Il faut quelque chose de plus, et ce quelque
chose est, pour l'essentiel, un ensemble de relations entre les objets
et la dynamique des constituants de la vie. C'est une information
d'un certain type. Une image fait comprendre assez facilement cette
originalité de la forme / information, c'est celle de La Barque de
Delphes.
"Ainsi, parmi les questions posées par l'oracle de Delphes il y
avait une question fondamentale, énigmatique comme le sont les questions
des oracles, qui se rattache directement à la nature des artefacts
produits et utilisés par les organismes vivants. Si par exemple,
on considère une barque faite de planches ajustées, on peut se demander
ce qui fait que la barque est barque. Cette question n'est pas un
pur jeu de l'esprit, comme on le voit concrètement dans le fait qu'au
fur et à mesure que le temps passe certaines planches commencent
à pourrir, ce qui force à les changer. Si bien qu'arrive un temps
où il ne reste plus une seule planche originelle.
La barque est alors semblable à celle qui a commencé à exister, mais
sa nature matérielle n'est plus la même : est-ce donc bien la même
barque ?
Un propriétaire l'assurerait, et pourtant aucun élément matériel de ce qu'il
a originellement acquis, n'est plus présent. Analyser les composants de la barque,
les planches, ne dirait que très peu à son propos. Il suffit de le constater
en démontant la barque : elle se réduit à un tas de planches. Et ces planches
sont différentes au début et à la fin du processus ! La nature des objets joue
bien un certain rôle cependant : une barque faite de planches de chêne est différente
d'une barque faite de planches de sapin. Mais ce rôle est en quelque sorte anecdotique.
Ce qui compte dans la matière des planches est, outre leur relative stabilité
dans le temps, leur aptitude à interagir, et à être façonnées d'une certaine
manière. On aurait donc tendance à dire, ou bien que la barque n'existe pas,
ou bien qu'elle est de nature différente des objets qui la composent. C'est l'organisation
des planches les unes par rapport aux autres qui fait que la barque est barque." [La
Barque de Delphes]
Après avoir beaucoup réfléchi à l'importance de nommer les concepts
(nous sommes encore tout à fait nominalistes, comme
l'a bien remarqué Umberto Eco, et la chose n'existe en un sens que par son nom — encore
un type d'information !), le mot "symplectique" s'impose pour nommer
la biologie qui s'intéresse aux relations entre objets, plus qu'aux
objets eux-mêmes. L'intérêt de ce mot, construit selon les règles
classiques de la nomenclature scientifique, c'est à dire à partir
du Grec (συν, avec, ensemble, et πλεκτειν, tisser) est d'une part
qu'il est peu utilisé (il existe bien un géométrie symplectique,
mais il s'agit d'un domaine très spécialisé de la mathématique, dont
les connotations ont peu de risque d'être contagieuses), et d'autre
part il dit la même chose que le latin complexus, mais sans les terribles
confusions du mot "complexe" en français, qui veut dire à la fois
si mal organisé qu'il est impossible à comprendre, et hautement organisé,
sans compter le développement d'une idéologie de l'ordre et du désordre
aux graves implications politiques, autour de ce mot.
Ce rôle particulier des relations entre objets, qui constitue la
forme d'une entité biologique n'est pas une simple abstraction, une
autre façon de dire ce qu'on sait déjà. L'information est bien une
catégorie en soi. Les travaux de Massimo Vergassola et de ses collègues
en ont récemment donné une illustration si concrète qu'elle s'applique
désormais en robotique. En bref ces chercheurs ont remarqué que ce
qu'on interprétait de façon classique comme la remontée d'un gradient,
la façon dont un papillon va retrouver sa femelle un kilomètre plus
loin, ne pouvait absolument pas relever de cette physique des quatre
catégories habituelles. C'est que l'atmosphère est turbulente, troublée
par le vent et les courants d'air, et bien sûr par toutes sortes
d'obstacles. Et pourtant le vol en apparence erratique du papillon
découvre rapidement sa femelle. Vergassola et ses collègues ont montré
qu'on expliquait bien cette observation répétée en considérant que le
vol du papillon cherche à maximiser une information, liée à la
présence d'une phéromone qu'il sait reconnaître. C'est non une chimiotaxie,
mais une infotaxie qui le guide.
Si l'information est bien une catégorie authentique de la Physique,
il est important de reconsidérer les règles perçues comme floues
ou ambiguës de la Biologie. Le concept central de Sélection Naturelle est
l'un des plus discuté — qu'on se souvienne des arguments négatifs
de Karl Popper ou de John Eccles, qui ne plaçaient pas ce concept
parmi les concepts scientifiques. Or l'introduction de l'information
comme catégorie permet de lui donner un statut profond et bien placé
au sein de la Physique.
Pour cela il convient d'abord de revenir aux réflexions
les plus récentes sur l'information. Ensuite il faut comprendre qu'accepter
"information" au sein de la Physique nécessite de l'articuler avec
les quatre autres catégories, Matière, Energie, Espace et Temps.
Nous ne tenterons pas de le faire ici pour la Physique proprement
dite, mais la Biologie nous donne le moyen d'y avoir accès en profondeur.
C'est ce qui va être résumé ici très brièvement. Pour comprendre
le concept d'information dans ce contexte, on se reportera au chapitre
3 de La Barque de Delphes, et pour une description détaillée, en
anglais on se rapportera à l'article Natural
Selection and Immortality.
Une citation d'un article sur les travaux de René Thom (La mathématique
e(s)t la vie, fait comprendre aisément combien notre vision actuelle
de ce qu'est l'information est encore limitée :
"L 'analyse d'un texte écrit dans une
langue inconnue? Cela peut se faire de bien des manières, et par
exemple les approches statistiques ont été parfois inspirées, mais
souvent éloignées de la réalité biologique. Pourtant il est possible
de s'interroger, mathématiquement, en partant de cette métaphore
alphabétique. Que voit donc la réplication, qui recopie le texte
du génome, de génération en génération ? Ce processus fondamental,
naturellement, ne se soucie pas, a priori,
de la signification du texte. Il est donc naturel d'utiliser pour
une première exploration du texte génomique, les méthodes habituelles
d'analyse du signal. Et l'on trouve en effet des centaines d’articles
qui utilisent la transformée de Fourier, les ondelettes, fonctions
de corrélation, classification maximale prédictive, chaînes de Markov,
ou même le dénombrement explicite pour découvrir des particularités
du texte génomique. On pourrait croire, par exemple, que trouver
les zones répétées dans la séquence est une tâche aisée. Il n'en
est rien. Si ce n'est pas trop difficile pour les répétitions exactes
(encore faut-il trouver des algorithmes rapides pour le faire, ce
qui n’est pas à la portée du premier venu), c’est impossible dès
qu’il s’agit de trouver des répétitions avec erreurs. Là ont été
inventés des approches particulièrement astucieuses qui utilisent
les ressources les plus élaborées de l’algorithmique, trop techniques
pour être résumées ici, et qu’on trouve publiées dans les comptes-rendus
des célèbres et très sélectifs congrès annuels ISMB, RECOMB et GIW
par exemple. Bien vite se pose la question biologique : si l’on observe
des répétitions exactes ou floues, quelle est leur signification
biologique ? On peut y voir ou bien la trace d’événements passés,
pas encore effacée, le résultat d’erreurs dans la réplication de
l’ADN, ou, tout au contraire (ou en plus), le résultat d’une pression
sélective particulière qui en favorise l’émergence ou le maintien.
En effet une répétition correspond à la répétition d’un élément architectural
(une portion de l’ADN), mais aussi, souvent, à la répétition d’un
élément au sein du produit spécifié par le programme génétique, une
protéine. Une répétition peut n’avoir qu’une signification de “remplissage”,
mais, comme on le voit lorsque “les poules du couvent couvent”, répétition
ne signifie nullement redondance… La conclusion de ces très (trop?)
nombreux travaux est ici bien claire : il est essentiel d’associer
de la connaissance biologique à l’étude mathématique pour lui donner
de l’intérêt. La mathématique des génomes, en premier lieu, doit
être motivée par des questions biologiques." [La
Mathématique e(s)t la vie]
En bref les biologistes parlent sans cesse d'"information",
sans bien préciser ce dont il s'agit. Une réflexion approfondie nous
conduit à voir la cellule comme une Machine de Turing , ce qui
paraît sans doute assez naturel à ceux qui ont de l'inclination pour
l'abstraction (cela sera détaillé plus loin). Cette vue se complète
désormais par une réflexion plus profonde sur la Nature même (Physis),
et c'est là que le statut de la Mathématique apparaît tout d'un
coup central. Pas du tout à la manière pythagoricienne ou platonicienne,
mais bien comme un élément de la Nature !
La mathématique est ce qui traite, pour l'essentiel, et
presque uniquement, de ce cinquième élément du Réel. C'est ce
qui explique l'irruption du calcul (des concepts associés à tout
ce qui est "algorithme") au cœur même de la mathématique,même
en regard de tout l'effort parallèle de l'axiomatisation des choses
(le débat continue à ce sujet). La mathématique n'est donc pas vraiment
un monde à part, mais la partie de la science qui s'articule pour
l'essentiel autour de l'exploration de l'information dans la Nature.
La physique classique ne s'en soucie pas, la physique quantique commence
à le faire, la chimie sans doute un peu plus, la biologie considérablement,
et la mathématique enfin presque exclusivement.
On a donc une classification "comtienne" un
peu différente :

avec une part croissante de l'information, et décroissante de matière
/ énergie / espace / temps. Il doit rester cependant "temps" en
mathématique, car bien des démonstrations reposent sur une séquence
de procédures (cf l'abandon de certains axiomes permettant d'aller
explorer très loin dans la récurrence, par exemple, en Analyse Non
Standard).
On notera ici que ce postulat particulier — l'introduction d'une
nouvelle catégorie — a un rôle essentiellement heuristique. Il permet
de traiter de chaque entité du Réel en lui associant un caractère
lié à chacune des catégories retenues. Il va de soi que si, dans
un effort ultérieur, on pouvait réduire cette cinquième catégorie
à une convolution des quatre catégories standards la situation ne
serait pas fondamentalement modifiée. On remarquera toutefois à nouveau
que le fait même que les quatre catégories centrales soient liées
par la fameuse équation d'Einstein E = mc2 n'invalide
pas l'intérêt de les considérer chacune comme authentique. Ce qui
reste à faire, dans ce contexte, est de trouver un équivalent de
cette formule où la catégorie "information" se trouverait
insérée. L'objectif expérimental associé est de découvrir l'articulation
entre la création d'information et les quatre catégories en cause,
ce qui introduit le contexte, et par conséquent la signification d'une fonction, ou d'un programme.
Ce n'est pas le lieu ici de développer l'état actuel des théories
de l'information. Elles sont, pour l'essentiel, fondées sur la réflexion
de Claude Shannon à propos de la communication de messages formés
de suites séquentielles de symboles au travers d'un canal bruité.
Cover et Thomas donnent un bon résumé (en anglais) de la situation
[Elements of
information theory]. Ce qui importe cependant est de comprendre
combien elles sont insuffisantes. Nous le verrons le concept classique
repose sur le modèle conceptuel de la Machine de Turing, qui s'intéresse
au sort de suites de symboles (données/programme) lus, interprétés
et modifiés par une machine au fonctionnement très simple. L'information,
au sens classique, est celle des données/programme. On ne s'intéresse
pas à l'origine, ou à l'information nécessaire à la construction
et au fonctionnement de la machine. Et plus généralement l'information
est considérée comme une donnée, sans tenir compte de son usage possible
(par la machine, et par d'autres entités possibles), et par conséquent
sans valeur. L'un des objectifs centraux de la vision proposée
dans l'ensemble des travaux exposés ou référencés dans ce site est,
au contraire, de rechercher ce que pourrait être la valeur d'une
information.
L'idée centrale qui cherche une représentation adéquate est que
c'est la compréhension de ce concept de valeur d'une information
qui permet à la catégorie "information" du Réel de s'articuler
avec les quatre autres catégories, matière, énergie, espace et temps.
C'est au travers d'approches expérimentales utilisant les organismes
vivants comme sondes de l'interaction entre les quatre catégories
standard du Réel et l'information que nous allons procéder. |
Sélection Naturelle et Immortalité
Tous les organismes – bactéries incluses
– vieillissent et meurent. En raison de l'incroyable diversité
de ce processus, c'est un lieu commun de considérer que vieillir
est un paradoxe et que, si nous en avions les moyens techniques
il nous serait possible de devenir immortels. Ce vieux phantasme
a suscité nombre de discussions enflammées destinées à mettre
au jour la variété des causes et des mécanismes impliqués dans
le vieillissement. Dans ce contexte, l' « immortalité »
est considérée comme la norme. Nous allons prendre ici le chemin
exactement opposé. Considérant que le vieillissement est une
conséquence directe de la physique — et c’est en effet l’une
des conclusions majeures à laquelle parviennent ceux qui analysent
le vieillissement quand ils repensent les théories de l'avalanche
d’erreurs d'Orgel — nous observons que c'est l'immortalité
(au moins sous la forme que nous observons dans le cancer) qui
soulève un paradoxe. Ce paradoxe ne dérive pas d'une difficulté
conceptuelle à trouver un compromis entre les inévitables erreurs
et la fidélité des processus biologiques. Non, le paradoxe que
nous évoquons ici provient de l'observation simple, universelle,
remarquable et pourtant peu relevée, que « les bébés naissent
très jeunes ».
Or les nouveaux-nés proviennent d'organismes âgés. Cela mérite
donc une explication qui ne peut pas être banale.
Suivant une attitude tombée en désuétude (voir
le rôle du What
is life? de Schrödinger à l'origine de la biologie moléculaire)
nous plaçons, comme nous l'avons vu plus haut, les processus
du vivant dans le champ de la physique. Cela aboutit à proposer
l'information comme
cinquième catégorie du Réel, se superposant aux quatre catégories
traditionnelles : matière, énergie, espace et temps , et non
pas seulement la résultante des propriétés des quatre autres.
Si l’on accepte le modèle de la cellule comme « ordinateur
fabriquant des ordinateurs », cette conjecture rend bien
compte de la séparation entre le programme génétique, qui se
réplique, et la machine qui lit le programme, qui se reproduit.
De fait, alors que le génome d'une cellule-fille tend à être
la réplique de celui de sa parente, les cellules-filles ne
sont pas des répliques des cellules-mères, y compris dans le
cas des cellules eucaryotes après la mitose. Nous montrons
en analysant le fonctionnement génétique des bactéries, organismes
unicellulaires, comment l'information peut se relier en termes
explicites aux quatre catégories standard. Pour cela nous avons
identifié un certain nombre de fonctions (et leurs gènes
associés) et des processus qui pourraient être à l'œuvre dans
tous les organismes vivants, leur permettant d'exploiter l'information
de sorte que la création et l'accumulation d'information devienne
un processus central de la formation d’une succession temporelle
pérenne d’organismes vivants.
Notre vision anthropocentrique du Réel nous
a conduits à étudier le vieillissement chez les organismes où
certains individus possèdent une lignée germinale et propagent
l'espèce, alors qu'en tant qu'individus ils vieillissent et meurent.
Ici, nous essayons de rendre compte de ce phénomène de manière
beaucoup plus générale (rappelons qu’au moins 50% de la biomasse
sur Terre est constituée de microorganismes), et nous recherchons
les relations qu'entretient le vieillissement avec les contraintes
générales qui opèrent sur tous les être vivants, et que nous
connaissons sous le nom de Sélection Naturelle. C'est avec cet
objectif que nous commençons notre étude au niveau le plus élémentaire
du vivant : l'échelle moléculaire.
On envisage souvent la sénescence comme un
processus lent, mais l'analyse chimique des protéines montre
que beaucoup d'entre elles vieillissent très vite, même en l'absence
des causes les plus couramment invoquées dans le vieillissement,
comme les dégâts dus aux dérivés réactifs de l'oxygène (le «
stress oxydant »). De fait, une des raisons majeures du vieillissement
des protéines est l’isomérisation spontanée de deux acides aminés,
l'aspartate et de l'asparagine, qui conduit à la présence de
résidus isoaspartate dans le squelette des protéines et le déforme.

Chez de nombreux organismes, notamment l’Homme,
ce processus est contrecarré par un système de réparation très
énergivore. Chez les bactéries, l'isomérisation de l'aspartate
est si rapide dans certaines protéines (quelques minutes), qu’on
peut penser que cette isomérisation appartient à la fonction
normale de la protéine. Durant la phase stationnaire, les résidus
d'isoaspartate s'accumulent en nombre considérable, et une grande
proportion des protéines est affectée dès 24 h de croissance.
Or l'idée reçue est que les bactéries qui se divisent par scission
en leur milieu ne vieillissent pas, du moins durant leur phase
de croissance exponentielle. C'est un truisme présent dans la
plupart des manuels scolaires. Cependant les bactéries vieillissent
bien, même lorsque la division semble symétrique. Une indication
supplémentaire de l'importance de ce processus moléculaire a
été découverte chez des organismes vivant dans des environnement
extrêmes. L'isomérisation dépend de la température, et de fait,
les résidus asparagine sont enrichis chez les psychrophiles [1].
Ainsi, tous les organismes sont composés de
structures d’âge divers. Cela implique que les organismes nouveaux
naissent toujours d’organismes vieillis, parfois comme mosaïque
de structures jeunes et anciennes. Ce vieillissement a plusieurs
types de conséquences structurales, soit dans la formation de
cellules-filles plus ou moins identiques, particulièrement quand
la division semble superficiellement symétrique (ce qu'elle n'est
pas) soit dans la formation d'une cellule-mère portant l'essentiel
sinon l'ensemble des vieilles structures.
Ce processus inévitable mène au paradoxe que des structures biochimiques
âgées (les protéines ribosomiques vieillissent, et cela pourrait
avoir d'énormes conséquences puisque les ribosomes sont les usines
centrales de fabrication de protéines) dirigent la synthèse des
jeunes protéines.
Dans ces réflexions, les concepts de reproduction et
de réplication sont utilisés comme interchangeables.
Cela explique que la contrainte centrale proposée comme pierre
angulaire du processus de vieillissement soit l'avalanche d’erreurs
par effet boule-de-neige. Ce concept implique que,
parce que les objets matériels et les processus physico-chimiques
ne peuvent conserver indéfiniment leurs qualités initiales, il
doivent être entretenus, réparés ou répliqués en entités identiques
pour remplacer ceux qui ont vieilli. Qu'une amélioration puisse
se manifester au cours du temps, plutôt qu'une dégradation ou
une stabilisation comme on peut le constater avec la reproduction,
n'est pas pris en compte. Dans sa réflexion sur l’origine de
la vie, en un temps où les processus biochimiques ne pouvaient
être aussi précis qu'aujourd'hui, Dyson a montré qu'alors que
la réplication mène inévitablement à l'avalanche catastrophique
des erreurs, la reproduction, quant à elle, n'est pas condamnée
à des processus toujours moins efficaces, mais peut au contraire
progressivement améliorer son efficacité. En bref,
la vie ne peut avoir une seule origine, et l'ordre des
événements n'est pas quelconque : la reproduction précède nécessairement
la réplication. Le cœur mathématique de son modèle montre que
des métabolismes prébiotiques
peuvent devenir de plus en plus précis, avant de découvrir la réplication. Nous explorons ici
le dialogue entre reproduction et réplication, en fondant notre
réflexion sur la structure des génomes bactériens et en analysant
comment se fait au niveau moléculaire le lien de cette dernière
avec le processus de vieillissement. Le cœur de l'argument montre
combien l’association de l’analyse moléculaire du vieillissement
et la théorie de l'information conduit à des hypothèses concrètes,
expérimentalement testables.
Faire des jeunes à partir de vieilles entités
implique la création ou la récupération d'information. La
physique et la biologie sont des domaines séparés, mais la seconde
repose sur les contraintes imposées par la première. Il est donc
naturel de placer la biologie dans le contexte des développements
les plus récents de la physique pour proposer des expériences
qui nous conduiraient à comprendre en profondeur les questions
biologiques les plus importantes. Revisitons donc les concepts
de la théorie de l'information, mentionnée déjà à plusieurs reprises
avec le point de vue algorithmique qui souligne la nature profonde
de ce que représente le programme génétique.
Depuis sa première formalisation comme théorie
de la communication, le concept d’information a gagné en profondeur
dans le cas des séquences de symboles, typiques de ce que nous
trouvons dans les génomes .
Ce concept est développé à partir des catégories habituelles
du Réel, via la physique statistique. Longtemps, on a postulé
que la création d'information nécessitait de l'énergie. Cette
intuition, centrale pour l’implémentation concrète du calcul
automatique, impliquait l’énergie dans le processus même du calcul,
et supposait que le calcul allait coupler transferts d’information
et transferts de chaleur dans les ordinateurs. C'était d'autant
plus préoccupant qu’on faisait des prouesses technologiques pour
rendre de plus en plus petites les structures physiques du calcul,
pour un calcul de plus en plus rapide.
On ne s’étonne donc pas de trouver l'ingénieur
Rolf Landauer, qui travaillait chez IBM à l'intégration de portes
logiques dans ce qui deviendra le microprocesseur (il est le
père de la technologie C-MOS), comme acteur central. Dans un
article encore largement ignoré même des informaticiens, Landauer
montra que la création d'information, contrairement à ce qu'on
pensait à l'époque, était réversible et
n'impliquait donc pas de consommation d'énergie.
Pourtant, si la création d'information était réversible, son
accumulation était difficile, et demandait l'effacement d'une
mémoire où toutes les étapes intermédiaires sont recueillies.
Cet effacement nécessitait de l'énergie, d'un montant semblable
à celui qu'avait prévu Szilard. En bref, la création
d'information peut parfaitement avoir lieu dans les systèmes
physiques et ne contredit aucun principe [2]
. Mais comme l'information est créée via un grand nombre d'étapes
qui occupent une grande part de l'espace ou d'états d'énergie,
ou encore sont très lents, la question n'est pas sa création
mais sa récupération dans un océan d'états non informatifs. Effacer
la mémoire au hasard risquerait d'effacer aussi bien ce qui est
informatif que ce qui ne l'est pas. Il faut donc un processus
spécifique qui sache mesurer la valeur d'une information,
concept non classique de la théorie courante de l'information.
C'est ce concept qui est au cœur de ce que nous appelons « biologie
symplectique », avec l'idée centrale de contexte,
ou de situation,
comme descripteur fondamental.
Avec ce raisonnement, l'évolution des organismes vivants se
reformule en la question suivante : que doit-on retenir pour
l'évolution subséquente parmi la variété des éléments présents
à un instant donné ? Ou encore : si l'on considère la création
d'information comme un authentique principe de la physique, quel
est le principe associé qui fait émerger les entités qui ont
accumulé de l'information ? Comme ce processus nécessite que
l'on distingue quelques entités au sein de l'ensemble, c'est
un processus de criblage. Comme ce processus nécessite que de
la place soit faite pour que ces entités s'accumulent, c'est
un processus sélectif. Ainsi, la physique de n'importe quel système
produisant de l'information ne peut fonctionner sans un processus
de sélection. En résumé, la Sélection Naturelle est un authentique
principe de la physique. Elle doit cependant obéir à des
règles spécifiques qui doivent être formalisées.
Cela dit, il faut comprendre comment la Sélection
Naturelle - concept biologique – fonctionne en termes de physique.
Nous développons ici les principales directions pour lesquelles
il existe au moins une solution expérimentalement testable, et
qui semblent opérer à plusieurs niveau dans les systèmes biologiques.
Nous l'illustrons dans le cas des bactéries. L'idée de base est
de suivre la deuxième partie du théorème de Landauer-Bennett,
qui veut que l'effacement d'une mémoire (ici à leur théorie,
nous ajoutons "sans
valeur", avec la conjecture que c'est une certain mesure
de la valeur qu'il conviendra de prendre en compte) nécessite
de l'énergie, et d'identifier en parallèle des processus physico-chimiques
dans la cellule qui nécessitent de l'énergie d'une manière que
l'intuition n'attendrait pas, afin de faire émerger ceux qui
sont pertinents.
La création d'information nécessite de nombreuses étapes, en
partant d'un complexe donné d'entités en interaction dynamique,
qui se transforment progressivement en variants, au sein desquels
quelques uns ont un plus grand contenu en information que le
complexe initial. (Quelques uns de) ceux (ces entités peuvent
être des objets physiques, mais aussi de processus, comme des
flux métaboliques) qui ne sont pas pertinents en terme d'accroissement
d'information doivent être détruits pour faire de la place à
ceux qui portent plus d'information. Dans ce cadre conceptuel,
le processus de destruction - la Sélection Naturelle – ne peut
pas être simplement identifié au vieillissement, ou quelque autre
altération suivie d'une fragilisation et d'une dégradation. Il
doit, au moins de temps en temps, pouvoir discriminer activement les
entités qui sont fonctionnelles dans une certaine mesure de celles
qui ne le sont pas, en quelque sorte mesurer leur valeur.
Cela parce que le processus doit éviter de détruire les éléments
qui portent plus d'information. C'est là que l'énergie entre
en jeu. L'énergie doit être consommée de sorte que les innovations
sortent du lot, dans un processus discriminant : l'énergie
est utilisée pour empêcher la dégradation des entités fonctionnelles
et permettre la destruction de celles qui ne le sont pas.
Notons qu'avec cette vision, dans un
système fini, la Sélection Naturelle ne peut être aléatoire
ou neutre. En revanche elle agit très localement, sans dessein
général. En d'autres termes, de simples systèmes dégradatifs
ne seront pas suffisant pour avoir le rôle attendu pour l'accumulation
d'information. La conséquence à long terme serait l'inévitable
dérive vers l'inefficacité fonctionnelle. Parce qu'elle nécessite
de l'énergie pour fonctionner, la Sélection Naturelle peut
retenir ou recruter des entités fonctionnelles : cette observation
explique en partie la controverse qui entoure cette notion,
usuellement considérée comme purement passive (voir cependant
la très répandue « sélection du plus apte »
spencérienne qui postule implicitement des mécanismes permettant
la comparaison entre organismes aptes et non aptes). Les implication
profondes de la conjecture qui vient d'être exposée ne peuvent
pas être discutées dans cette brève introduction. Pour comprendre
la Sélection Naturelle, nous devons considérer spécifiquement
les étapes destructives (sélectives !) qui sont associées à
de la consommation d'énergie et identifier parmi elles celles
qui sont ont à voir avec l'information.
En accord avec ce raisonnement, on trouve dans
les processus centraux qui règlent le cœur de la biologie moléculaire,
l’expression des gènes, plusieurs processus qui servent à l'amélioration
de la qualité d'une information. Notant qu'une conséquence de
l'inévitable bruit créé par les fluctuations thermiques serait
l’apparition d’un taux d'erreurs insupportable dans la synthèse
des protéines, Hopfield et Ninio ont analysé les étapes essentielles
de la traduction des ARN messagers en protéines en suivant un
schéma conceptuel voisin de ce que nous venons de voir. Ils proposent
l'idée suivante pour expliquer la remaquable précision du processus
de traduction, où déchiffrer le code génétique sans une étape
sélective consommatrice d'énergie conduirait à un taux d'erreur
résultant en la synthèse de protéines inactives. Le processus
de décodage proprement dit (à chaque codon correspond un acide
aminé spécifique) ne peut éviter les erreurs (en gros, à la température
de 300 kelvins, une erreur pour mille succès). Ce serait insupportable,
et cela ne correspond pas à l’observation, qui montre peu d’erreurs.
Il existe donc au cours de la traduction (c’est vrai aussi de
toutes les étapes de l’expression des gènes) des étapes de correction
qui disent si oui ou non un acide aminé correct est chargé sur
l'ARN de transfert et si un codon correct est déchiffré. Ces
mécanismes rejettent l'objet erroné des interactions cibles et
consomment de l'énergie. L'idée de base proposée par Hopfield
et Ninio est simple, comme le montre une expérience de pensée
proposée par Maurice Guéron. Dans un bassin où nagent des poissons
rouges et noirs, nous souhaitons attraper (presque) exclusivement
des poissons rouges, sachant que, quand ils sont emprisonnés
dans un filet dont les mailles sont de la taille d'un poisson,
les poissons noirs réagissent rapidement et réussissent à sortir
alors que les poissons rouges sont beaucoup plus lents à s'échapper.
L'idée est d'utiliser un filet, d'attraper les poissons (autant
de rouges que de noirs) et d'attendre avec le filet suspendu
au dessus du bassin (ni trop, ni trop peu) et de le placer ensuite
sur le bord, en récupérant les poissons : la plupart seront rouges.
C'est clairement une procédure sélective consommatrice d'énergie,
et de gain d'information.
On généralise cette idée de la manière
suivante. Un système biologique synthétise des objets particuliers
(ARN, protéines, métabolites) et des processus (voies métaboliques)
dont certains sont précis, d'autres sont des variants, notamment
quand ils vieillissent. Malgré ce manque d'exactitude, un système
vieilli va généralement continuer à exprimer des voies métaboliques
et engendrer des nouveaux systèmes, de sorte que de vieux objets
en donnent de nouveaux. Une partie des objets âgés peut être
rejetée par une série de processus de dégradation ou déposés
dans des structures « poubelles » mais le système doit
savoir trier ces objets ou processus et conserver ceux qui fonctionnent.
Je fais l'hypothèse que ce type de sélection requiert de l'énergie,
pour éviter de détruire ce
qui fonctionne. Si cette hypothèse est correcte, nous devrons
alors identifier les gènes codant les objets correspondants.
En résumé, comme le reconnaît Dyson quand il modélise les origines
de la vie, la reproduction peut accroître l'information portée
par le système. Cet accroissement est progressif et procède par
un « effet de cliquet » qui va progressivement accumuler
des objets informatifs (fonctionnels) au sein d'un groupe d'objets
qui dans ce contexte particulier, peuvent peut-être être considérés
comme du rebut, mais ne sont certainement pas du gaspillage [3].
Accumuler les objets pertinents nécessite que de la place soit
faite. Faire de la place nécessite la destruction de certains
des objets en place, mais pas de manière aléatoire, car les objets
fonctionnels (quels qu'ils soient) doivent être préservés
de la destruction.
La caractéristique la plus importante de la
présente conjecture, qui diffère des modèles proposés jusqu'ici
habituellement destinés à proposer des scénarios pour l'origine
de la vie, suppose un processus qui, utilisant de l'énergie,
sélectionne dans le mélange celles des entités qui doivent préférentiellement ne
pas être détruites. La différence entre une entité fonctionnelle
et une entité qui ne l'est pas, est que la première peut être
engagée dans des complexes ou dans des processus métaboliques [4].
Nous postulons que lorsque cela a lieu, l'entité (objet ou processus)
a des caractéristiques – par exemple un flux métabolique particulier,
de la rigidité, une conformation spécifique comme un isomère
de proline, l'absence d'isoaspartate dans les protéines etc –
qui peuvent être identifiées par la machinerie de dégradation.
En utilisant une source d'énergie, ces entités sont rejetées
par la machinerie, et donc demeurent intactes. A l'opposé, les
entités qui ne sont pas engagées dans un complexe ou dans un
processus métabolique sont dégradées.
Ce scénario est l'exact équivalent du processus de correction
cinétique des erreurs de Hopfield-Ninio. Notons que cela signifie
que les systèmes de dégradation sont de deux sortes. Certains
ne nécessitent pas d'énergie pour fonctionner, et certains oui.
Seuls ces derniers sont utilisés directement dans le processus
de création de l'information, le seul processus qui peut conduire
à l'immortalité d'une filiation. Cela est compatible avec le
rôle de la mitose dans les divisions cellulaires somatiques et
convient à l'idée que la multiplication cellulaire dilue les
objets endommagés, avec une réserve : la dilution , en tant que
telle, ne serait pas suffisante pour permettre l'immortalisation
en raison des fluctuations thermiques inévitables qui conduiraient
à de larges déviations par rapport à la moyenne.
Jusqu'ici nous avons proposé ce modèle de manière
abstraite. Il faut donc voir comment identifier dans les génomes
des fonctions explicitement reliées à ces processus. S'il y a
gestion d'information, elle doit s’articuler avec les catégories
usuelles du Réel, matière en particulier. Plus précisément, il
nous faut identifier, parmi ces fonctions, celles qui codent
les processus consommateurs d'énergie que nous avons imaginés.
En vue de cet objectif, nous bénéficions de la masse considérable
des séquences génomiques désormais disponibles. Cependant, une
difficulté pratique empêche la comparaison directe entre tous
les génomes, à la recherche de celles qui sont ubiquistes. En
effet, une même fonction peut être remplie par différents objets,
et les fonctions ubiquistes sont souvent exprimées par des produits
de gènes d'origines différentes : l'évolution thésaurisante [5]
est une propriété générale de la biologie. Même si certaines
fonctions sont ubiquistes, nous ne ne pouvons pas penser que
les gènes correspondants le seront. Heureusement, comme les organismes
dérivent les uns des autres via une filiation, un objet qui a
été sélectionné parce qu'il accomplit une fonction va tendre
à persister au fil des générations. Cela nous permet d'identifier
des gènes persistants, c'est à dire des gènes présents
dans un ensemble de génomes mais non nécessairement dans tous
(Fang et al 2005). Connaître ces gènes nous permet alors d'identifier
les fonctions ubiquistes qu'il nous faut prendre en considération
comme essentielles à la vie.
L'analyse de la conservation du regroupement
des gènes révèle un caractère remarquable : les gènes rares,
d'une part, et les gènes persistants, d'autre part, tendent à
rester groupés, donnant deux familles très cohérentes, séparées
par une large zone floue. De plus, le réseau de connexion des
gènes persistants nous rappelle un scénario
des origines de la vie, ce qui nous a conduit à le nommer paléome (du
grec παλαιος, ancien). Ce paléome est constitué d'environ 500
gènes, qui tendent à la fois à persister dans les génomes et
dans la manière dont ils se groupent à l'intérieur des génomes.
Ce lot de gènes est fait de deux sous-ensembles de taille approximativement
équivalente qui diffèrent par la manière dont ils peuvent être
inactivés avec ou sans perte de capacité à permettre la formation
d'une colonie viable. Les gènes essentiels (qui ne peuvent
être inactivés sans perte de la capacité à vivre) contribuent
à la construction de la cellule et à la réplication du génome.
Le reste est constitué de gènes non essentiels, mais persistants.
Ces gènes ne sont pas strictement essentiels, puisqu'ils peuvent
être inactivés sans perte totale de viabilité (du moins à l'échelle
du laboratoire). Ils codent des fonctions annotées comme nécessaires
à la maintenance et à la réparation, aussi bien que des voies
métaboliques spécifiques. L'analyse du paléome
suggère donc que nous devrions distinguer deux processus différents,
tous essentiels à long terme mais avec des contributions différentes
à court terme : la dernière catégorie de gènes semble contribuer
à la perpétuation de la vie plus qu'à la permettre en tant que
telle. Des expériences préliminaires sont en adéquation avec
cette manière de voir : la capacité de croissance des souches
où des gènes de la seconde catégorie ont été inactivés diminue
rapidement avec le temps.
Une question centrale à laquelle il nous
faut répondre vise à identifier le noyau des processus métaboliques
utilisés pour permettre la sélection de structures jeunes dans
un organisme âgé. Le processus d'accumulation d'information
décrit ici doit produire un résultat riche en information dans
un grand nombre de situations. Pour comprendre la stabilisation
sélective de l'information nouvelle au cours de la reproduction,
nous devons donc identifier des étapes spécifiques de destruction,
associées à une étape consommatrice d'énergies. Cela implique
que des processus spécifiques mettent en action la capacité
métabolique de l'organisme. Peut-on les découvrir dans la composante
non-essentielle du paléome ?
A ce stade, nous remarquons que deux facettes
de notre hypothèse, liées l'une à l'autre, nous permettraient
d'identifier les élements que nous cherchons. D'une part, nous
devons trouver les gènes qui correspondent au processus énergivore
nécessaire pour accumuler l'information au cours de la reproduction.
D'autre part, nous avons un lot de gènes persistants, qui correspondent
par conséquent à des fonctions ubiquistes auxquels nous devons
assigner un rôle majeur dans la cellule. L'analyse de cette dernière
classe de gènes nous montre que plusieurs de leur fonctions impliquent
la consommation d'énergie. Une question centrale demeure néanmoins.
Celle de l'origine de la source d'énergie qui sera utilisée pour
les les processus d'accumulation de l'information. Ici encore,
l'analyse du paléome nous fournit un hypothèse très intéressante
et vraiment inattendue. En effet, parmi les gènes non essentiels
du paléome se trouvent les gènes qui métabolisent le polyphosphate
(poly(P)). Généralement supposé jouer le rôle de stockage du
phosphate, le poly(P) est une source d'énergie potentielle ubiquiste
systématiquement associée à la dégradation de l'ARN. Le poly(P)
a été détecté en quantités variables dans tous les organismes
testés à ce jour.
Quand les cellules vieillissent, dans des circonstances où les
ressources en nutriments sont limitantes par exemple, les ressources
en énergie de la cellule seront épuisées. En particulier, on
ne peut attendre que le donneur d’énergie universel, l’ATP soit
suffisamment stable pour que sa concentration soit maintenue
longtemps. Un minéral serait une ressource particulièrement
stable, et c'est exactement ce qui pourrait expliquer l'omniprésence
du poly(P). Le rôle de ce minéral n'a pas encore été exploré
sous ce rapport.
Les réflexions générales sur la vie ou
le vieillissement ont accordé plus d'importance à la réplication
qu'à la reproduction dans le déroulement de la multiplication
cellulaire, et ont souvent considéré ces processus comme interchangeables.
Cela a conduit à une interprétation des processus de maintenance
et de réparation comme essentiels pour la prolongation de la
vie des individus parce qu'ils préservent aussi longtemps que
possible leur intégrité. Mais cela n'a aucunement impliqué ces
processus dans la perpétuation de la vie. D'autres réflexions,
dans le cas des organismes les plus complexes, ont cependant
séparé le rôle de la reproduction de celui de la réplication,
et ont montré que les fonctions de maintenance et de réparation
devaient être conceptuellement séparées de celles impliquées
dans la reproduction. Les vues les plus communes sont fondées
sur l'interprétation spencérienne du darwinisme comme « sélection
du plus apte », où la maintenance et la réparation sont
systématiquement associées à des processus compétitifs permettant
le prolongement de la vie aux dépens de la fertilité. Nous avons
tenté ici de montrer qu'il fallait aller plus loin, et que le
rôle de l'utilisation de l'énergie au cours de certains processus
dégradatifs n'était pas anecdotique, mais était associé à un
mécanisme efficace d'accumulation d'information, spécifique de
la reproduction.
En dehors des quelques travaux qui explorent
les questions liées à l'origine de la vie ou aux processus conduisant
à l'effet boule de neige de l'avalanche d'erreurs, la plupart
des réflexions sont fondées sur l'analyse du vieillissement chez
les organismes multicellulaires. Nous avons essayé ici, à la
lumière de la démonstration récente que les bactéries vieillissent
et que des entités âgées doivent produire des entités jeunes,
d'explorer la dualité reproduction / réplication en la reliant
à notre connaissance de l'organisation des génomes bactériens.
Cette approche capte dans son essence le fait que des processus
généralement interprétés comme impliqués dans la réparation servent
à récupérer, et même créer puis accumuler un contenu en information
neuf. Nous avons tenté de montrer que l’analyse des propriétés
de la gestion de l'information dans les systèmes matériels, conduit
à voir les organismes vivants comme aptes à accumuler de l'information.
En accord avec l'observation que la réplication ne pourrait
pas exister à l'origine même de la vie sans intervention extérieure,
j'ai exploré dans le cas des bactéries les conséquences d'un
processus de reproduction capable
de créer et retenir de l'information nouvellement créée ; en
particulier nous avons établi qu'un système soumis au trio variation-sélection-amplification
peut accumuler de l'information (au sein d'objets matériels ou
de processus dynamiques) quand le processus de sélection consomme
de l'énergie dans une étape qui discrimine entre des interactions
stables et instables. Dans certains cas, cela passe par un processus
qui accumule les composants âgés dans la cellule mère comme chez
la levure Saccharomyces cerevisiae. Dans d'autres cas,
comme chez les bactéries à division rapide, les structures âgées
se concentrent aux pôles, conduisant progressivement à des cellules
âgées qui meurent, alors que les jeunes cellules continueront
à se multiplier. S'il y a immortalité, c'est
l'immortalité du lignage (et aucun lignage ne reste éternel,
cependant), pas de l'individu.
Un remarque compléte cette réflexion,
et souligne la « myopie »
du processus sélectif proposé (qui ne voit que ce qui le concerne
directement, et n'a donc aucune vision d'ensemble). Ce processus,
qui accumule de l'information dans au moins un des membres de
la descendance cellulaire, a l'avantage considérable de créer
les conditions de l'accumulation de n'importe quel type d'information qui
pourrait avoir été recrutée ou récupérée(par exemple par un transfert
génétique horizontal, ou l'expression d'un gène) ou même créée de
novo. Puisqu'elle est fondée sur la « mesure »
de la qualité d'une interaction (via sa stabilité, locale) ce
processus va construire progressivement des systèmes qui accumulent
de l'information, typiques de ce qu'on observe dans l'évolution
des êtres vivants. Une conséquence notable est qu'il n'est pas
paradoxal que certaines branches évoluent, sans
direction prévisible,
vers des formes progressivement plus élaborées (la découverte
de la multicellularité est un de ces événement remarquables).
Il conduit aussi, en raison de sa myopie, à ne pas distinguer
la qualité d'ensemble de ce qui est retenu : pourvu qu'une entité
soit fonctionnelle localement, elle est retenue, et c'est ce
qui rend compte de l'aspect « bricolé » de bien des
entités biologiques.
Plutôt que de dériver simplement une
justification conceptuelle de la conjecture proposée, voici
une validation concrète qui peut être soumise à la rigueur
de la réfutation expérimentale. Il devient en effet intéressant
de réévaluer entièrement la découverte des mutations « adaptatives »,
qui ont tant causé de polémiques il y a vingt ans quand elles
ont été interprétées (à tort) comme suggérant une évolution
lamarckiste et de s'en servir comme dispositif
expérimental. Ces mutations ont la propriété de faire apparaître a
posteriori dans
la descendance d'un organisme des propriétés nouvelles qui sont
absentes de la population initiale, mais qui apparaissent de
façon aléatoire après un certain temps chez un petit nombre de
descendants et permettent leur développement adapté dans des
conditions où leurs ancêtres ne le pouvaient pas. C'est ce qui
donne l'impression d'une orientation des mutations observées
par le milieu. L'implémentation du processus sélectif que nous
conjecturons comme nécessaire à l'accumulation d'information
requiert un ensemble intégré d'objets, typiquement de ceux qui
sont codés par le lot des gènes persistants des génomes bactériens,
le paléome. Nous avons identifié certains des gènes pertinents
du paléome et fait l'hypothèse qu'une source majeure d'énergie
impliquée dans le système d'accumulation de l'information pourrait
être le polyphosphate, minéral ubiquiste dans les cellules.
Nous comprenons comment une vieille cellule, utilisant de l'énergie
de façon à éviter de dégrader ce qui est fonctionnel, peut
renouveler sa machinerie en faisant de la place, pour remplacer
les entités usagées par de nouvelles entités. Le génome, qui
lui aussi a vieilli durant la période considérée, est sollicité
pour de nouvelles synthèses. Si, parmi les objets maintenant
codés de façon erronée (en raison du vieillissement du génome),
et destinés à remplacer les objets dégradés, se trouve un objet
fonctionnel, la cellule va utiliser son stock d'énergie et
éviter de le détruire. Cette nouvelle fonction lui permettra
alors de produire une descendance. Ainsi — si la conjecture
est valide — l’inactivation de ces gènes devrait suffire à
empêcher la production de mutations adaptatives.
Une conséquence remarquable de ce scénario
est qu'il est très semblable à celui du déclenchement du processus
cancéreux :
un phénomène similaire à celui des mutations adaptatives pourrait
permettre à des cellules souches de découvrir des voies conduisant
à leur immortalisation. Il sera intéressant d'identifier les
équivalents des gènes du paléome chez les eucaryotes, et de voir
comment leur rôle (incluant le métabolisme du polyphosphate)
pourrait être impliqué dans le démarrage du cancer. On notera
aussi que ce processus s'étend aux domaines de la physique et
de la chimie, pas seulement au simple domaine des organismes
vivants, et que cela pourrait s'appliquer, avec les aménagements
appropriés, à la question de l'origine de la vie dans une perspective
complémentaire et qui rénove celle de Dyson.
A partir d'un raisonnement fondé sur
le renouvellement de la théorie de l'information, nous proposons
de considérer ce que nous nommons « Sélection Naturelle »
comme étant le processus de piégeage de l'information, processus
qui devient alors un authentique principe de la physique. A
notre sens, il est remarquable, mais non inattendu, que cette
vue vienne au jour au moment où la physique classique et la
physique quantique se sont réconciliées grâce à une vision
renouvelée de la théorie de l'information. Cela ne doit pas
être une coïncidence (historiquement, des idées liées tendent
à apparaître simultanément partout). Comme le notait Steane
: « Historiquement, une bonne partie de la physique
fondamentale a été concernée par la découverte de particules
fondamentales de la nature et des équations qui décrivent leurs
mouvements et leurs interactions. Il apparaît désormais qu'un
programme différent pourrait être tout aussi important : découvrir
comment la nature permet ou interdit à l'information d'être exprimée
ou manipulée, plus que comment les particules se meuvent ».
Nous espérons avoir incité le lecteur à étendre cette façon de
voir au champ de la biologie.
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• Szathmary E (2006) The origin of replicators et reproducers.
Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci 361:1761-1776.
• Yockey HP (1992) Information theory et molecular biology.
Cambridge University Press, Cambridge (UK)
[1] Ψυχρος
signifie froid en Grec. (retour au
texte)
[2]
On remarquera que cela signifie non seulement que "création" est
une propriété du Réel, mais qu'il n'y a aucune contrainte
temporelle dans sa mise en œuvre. La création a eu lieu hier,
aujourd'hui, et elle aura lieu demain. Il est possible que
cette vue révolutionnaire pour une grande famille de religions
explique l'obscurité surprenante qui entoure le travail de
Landauer. (retour au texte)
[3]
Cela implique en particulier qu'il ne saurait exister,
dans ce contexte, d'ADN "poubelle" (junk DNA). (retour
au texte)
[4]
On peut aussi imaginer bien d'autres processus, comme la
mesure du temps: la durée de vie d'un objet biologique
peut parfaitement, à l'instar de la durée de vie d'un atome
radioactif, être associée à une horloge. C'est le cas,
par exemple, du processus d'isomérisation de l'asparate
et de l'asparagine que nous avons mentionnés plus haut.
Il est même possible d'imaginer que le rôle de certains
acides aminés (pourquoi vingt, après tout ?) serait de
fournir une mesure du temps… (retour
au texte)
[5]
Nous traduisons ainsi l'anglais "acquisitive",
pour indiquer qu'il s'agit d'une accumulation de richesse
(en information). (retour
au texte)
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