La Science est une activité
sociale. On ne peut la distinguer des autres activités humaines,
bien qu'elle ait une rationalité qui lui soit propre. L'objectif
des Causeries du Jeudi est de rassembler des intellectuels, chercheurs,
artistes, juristes, poëtes, philosophes... qui sont préoccupés
par les questions posées par la progression du savoir biologique
(et en général par toute forme de connaissance humaine)
pour discuter de sujets d'intérêt philosophique général.
Ces discussions se déroulent en plusieurs langues, car
elles ne peuvent se limiter à l'anglais qui constitue
désormais
la lingua franca de la science (tout
en en limitant extrêmement
la richesse conceptuelle). Commencées en français
au début des années quatre-vingt-dix, elles se déroulent
désormais surtout en anglais (et en cantonnais, lorsqu'elles
se tiennent à Hong Kong), mais certaines discussions ont
toujours lieu en français). Il convient de se souvenir ici
qu'à la différerence des cultures Anglo-Américaines,
les civilisations Latines (en particulier en Italie et au Portugal,
mais en France aussi) ne
font pas une séparation claire
entre la Science, les Arts et la Littérature. Il est
donc tout
à fait naturel que toute réflexion sur les origines
historiques et conceptuelles de la Science (qui est profondément
enracinée dans le langage, et par conséquent dans
la sémantique) soit développée non seulement
en anglais mais aussi dans d'autres langues. Qu'on se souvienne
simplement que le lauréat du Prix Nobel de
Littérature Gao Xingjian 高行健, n'écrit pas seulement
en chinois, mais aussi en français et que son activité principale
est la peinture... Si l'empirisme radical est bien adapté à
la nature de l'anglais (les faits d'abord, la démonstration
ensuite), le cœur de la Science (une espèce particulière
du rationalisme fondée sur la combinaison d'hypothèses
et de déductions) est hypothético-déductif
("hypothesis-driven"), ce qui fait que des langages comme
le français, le grec ou l'italien (et
à sa manière l'allemand) auraient naturellement été
plus appropriés à en assurer le développement.
On en voit une survivance dans le fait qu'en mathématiques
il est encore possible de publier en français. La domination économique
de l'Amérique (ce raccourci, qui omet l'Amérique
Latine en dit long déjà!) en a décidé autrement.
Le cas du chinois est ici très particulier, et aurait à être
entièrement reconstruit, car du point de vue holiste, son
caractère est original (le rôle du contexte y est
essentiel). C'est l'un des points centraux des discussions menées
dans ces Causeries.
Aussi, nos causeries sont une sorte de continuation des discussions
du Centre Royaumont pour une Science
de l'Homme, créé au
début des années 1970, principalement par Jacques
Monod. Ce Centre devait malheureusement disparaître peu
après la mort précoce de ce dernier. Cela coincidait
avec la destruction, dans la plupart des pays occidentaux où il
existait encore (France comprise, hélas!), d'un système
d'éducation fondé
sur les Humanités (et comme l'a remarqué l'un d'entre
nous, poëte, la rhétorique). Pour cette raison il
devenait incongru, pour ne pas dire littéralement obscène,
de parler de philosophie (ou de poésie) au sein d'un laboratoire
de science "dure"
("hard-science"). Et pourtant au début des années
quatre-vingt-dix, on pouvait constater un regain d'intérêt
chez les jeunes chercheurs pour une réflexion sur les
causes qui sous-tendent leurs propres efforts et leur insertion
dans la Société. C'est ce qui présida à l'organisation
de réunions hebdomadaires au sein de l'Unité de
Régulation de l'Expression Génétique
à l'Institut Pasteur de Paris, où les personnes
interessées
par la nature de la Science avaient pris l'habitude de se réunir
le jeudi en fin d'après midi pour discuter de toutes sortes
de sujets liés
à la place de la Science dans la Société.
A cette époque aussi se déroulait au sein de l'Unité un
programme de collaboration entre plusieurs Universités
Chinoises (en particulier l'Université
de Pékin, l'Université de Nankin et l'Université Sun
Yat Sen de Canton), en association avec l'Université de
Bologne en Italie. Ce programme, né en Afrique de l'Ouest,
mettait en œuvre une approche hétérodoxe de l'exploration
de l'Ouest par des non-Occidentaux, et donnait lieu ainsi à une
forme originale (non conceptualisée
à ce stade) de l'anthropologie, plus poétique que
scientifique, mais très révélatrice du rôle
de la civilisation dans la rationalisation du Réel. Plusieurs
sociologues Chinois étaient d'abord venus travailler plusieurs
mois au sein de l'Unité pour en
étudier le fonctionnement, à partir d'un point
de vue non Occidental. Durant deux années, la discussion
resta centrée sur une présentation de la Philosophie
Présocratique, à partir de l'observation que
la citation de Démocrite qui fait le titre du célèbre
livre de Jacques Monod, Le Hasard et la Nécessité, était
apocryphe, et bien étrangère à l'esprit
Grec.
Plus récemment le thème central des Causeries
a été le concept de fonction. La discussion,
avait été préparée par M. Yves Brette, ancien directeur
d'un service d'innovation à la Compagnie Bull , qui discuta
de la nature des fonctions dans les artefacts humains. A partir
de ce commencement la discussion explora toutes sortes de sujets,
depuis la philosophie Aristotélicienne, Cassirer, Leibniz,
jusqu'à des questions très concrètes relevant
de la génomique fonctionnelle et de l'annotation des génomes.
Au moment de la création du HKU-Pasteur Centre la discussion
a été
transférée au département de mathématiques de l'Université
de Hong Kong, où elle
commença
par une discussion sur la nature de la Science et de la connaissance
en général en Europe et dans les pays Asiatiques.
Jean Fourmentin, l'un des apôtres de ce qui devait devenir la
génomique, puis la biologie synthétique, jouait aussi le rôle
de stimulant.
A la suite de chaque discussion un compte-rendu la résumant
est écrit, et envoyé par courriel non seulement à ceux
qui y ont directement participé, mais aussi aux anciens
membres de ce forum qui en font la demande, ainsi qu'à
toute personne intéressée qui s'est inscrite, dans
le monde entier.
L'objectif des "causeries"
est de proposer un forum ouvert. Il ne s'agit pas cependant d'un
groupe de bavardage (chat group) ni de l'un de ces fora auquel
n'importe qui peut assister. En fait, on attend de chacun un
minimum de participation à la discussion - à la
manière des disputatii médiévales
- et l'on fait l'hypothèse qu'il y aura progression
dans la définition de notions "prospectives" (pour
reprendre le mot de John Myhill),
à la suite de notre travail commun. Pour cette raison,
nous devons nous assurer que les personnes qui sont connectées à ce
forum sont réellement intéressées, et qu'elles
ont le désir d'apporter une approche constructive à la
discussion. C'est pourquoi nous demandons à chacun de
s'inscrire et de s'identifier, et nous discutons de l'opportunité
de cette inscription à chaque cas. On admet aussi que
les compte rendus, commentaires, etc. ne seront pas tous en anglais:
les discussions multilingues sont encouragées... Lorsque
nous aurons mis le contenu des discussions en ligne, et non seulement
sous la forme de compte-rendus par courriel, nous attribuerons à chacun
un mot de passe lui permettant d'avoir accès
à ce contenu. Une fois par an au moins un courriel général
interroge l'ensemble des participants, pour leur demander de
renouveler leur adhésion. L'absence de réponse
positive conduit à la radiation de la liste.
De 2001 à 2003 ces causeries ont été animées
par le HKU-Pasteur Centre
à Hong Kong, au sein du Département de Mathématiques
de l'Université. Elles avaient lieu le mercredi après
midi (14 h 30, Meng Wah Complex, room 517). Elles ont repris
en octobre 2003 jusqu'aux premiers mois de l'année 2004
au sein de l'Unité de Génétique des Génomes
Bactériens à Paris, sur une
base irrégulière,
en particulier à la suite de deux intervention de notre
collègue le professeur Wang Bin 王宾 de l'Université Sun
Yat Sen (Zhong Shan Da Xue 中山大學) de Canton (Guangzhou). Elles
ont temporairement cessé, mais ont repris à partir de
2006. A Hong Kong, ce séminaire a été
poursuivi, organisé par le Pr Ngaiming Mok, et se concentre
sur certains aspects de l'analyse des génomes. A Paris,
ce séminaire est provisoirement interrompu, mais il se
poursuit via une série (irrégulière) de conférences
sur la biologie synthétique (suivre snoria sur
Twitter). Plusieurs efforts parallèles
continuent cependant: la conférence Le
Logique et le Biologique du 22 avril 2005 en est une illustration
(résumé
de notre présentation).
Un thème central des discussions, depuis 2008 est la Biologie
Symplectique (Synthétique). De ces travaux est issu un nouveau
journal en accès libre, Symplectic
Biology. Il est possible d'y
soumettre
des articles. Il faudra un certain temps pour que la communauté
générale s'implique dans cet effort.
Veuillez noter qu'un résumé public (copyright)
des causeries est régulièrement mis à jour
(en principe tous les trois mois). Ce résumé commence
avec le texte des commentaires sur les Philosophes Présocratiques
qui ont été discutés
à Paris au début des années quatre-vingt-dix
(en Français), ainsi qu'un résumé de la
discussion sur la méthode scientifique (en Anglais et nous l'espérons
en Chinois quand le texte sera disponible).
(essentiellement en anglais)
A Danchin, PM Binder, S Noria
Antifragility and tinkering in biology (and in business): Flexibility
provides an efficient epigenetic way to manage risk
Genes (2011), 2:
998-1016; doi:10.3390/genes2040998 
|
S
Noria, A Danchin |
| Just so genome stories: what does my neighbor
tell me |
Proceedings of the Uehara Memorial Foundation
Symposium: Genome Science: towards a new paradigm? H
Yoshikawa, N Ogasawara, N Satoh, eds. Elsevier Science
BV (2002) International congress series 1246: 3-13  |
A
Danchin, G Fang, S Noria
The extant core bacterial proteome is an archive of the origin
of life
Proteomics (2007) 7: 875-889 
S Noria
Challenge n°1: Is the synteny around the pyrH gene in
bacterial genomes significant?
Symplectic Biology (2010) 1: c390t9c12uxx.1 |