Mon avis personnel sur les disques de Grave Digger
- Grave Digger - Heavy Metal Breakdown (1984) ★ ★
Il faut un certain courage pour s'attaquer à la discographie du groupe
allemand Grave Digger. Non seulement elle est pléthorique (plus de vingt
albums studio), mais en plus les débuts en sont assez confus, avec
changement de nom, évolutions brutales de style puis reformation sous un
nouveau line-up. On va essayer de se contenter des disques
officiellement sortis sous le nom de Grave Digger, et le premier d'entre
eux est donc ce Heavy Metal Breakdown dont les titres de chansons sont à
peu près aussi inspirés que celui de l'album (We wanna rock you,
Tyrant, Heart attack, on n'aurait pas déjà vu tout ça
ailleurs ?). En même temps, ça suit une certaine logique, puisque les
paroles sont d'une pauvreté abyssale, et que même niveau musique on sent
que le groupe débutant copie maladroitement à peu près tout ce qui lui
passe sous le nez, avec une prédilection pour le thrash naissant (ils
ont manifestement bien écouté le Kill'em all de Metallica,
mais aussi les classiques de Motörhead). Si on y ajoute des
défauts compréhensibles pour un premier album : production vraiment
sèche et brouillonne (les solos, qui durent par ailleurs rarement plus
de dix secondes, sont essentiellement inaudibles), riffs sympas mais
répétés à l'identique sur toute la durée des morceaux, ballade (avec
clavier bien grotesque) plantée au milieu du disque sans aucune
cohérence, eh bien, on devrait accoucher d'une bouse indéfendable. Et
pourtant, ce côté légèrement nanar contribue à donner une certaine
sympathie au disque, porté par le chant typé de Chris Boltendahl. Bien
sûr, ça ressemble malgré tout beaucoup trop à plein de disques de la
même époque qui sont mieux joués, produits, bref simplement nettement
meilleurs. Mais en trouvant une voie un peu plus personnelle, on peut
espérer de bonnes choses de la part de Grave Digger.
- Grave Digger - Witch hunter (1985) ★ ★ ½
Après un premier album rigolo mais pas vraiment abouti, et à une époque
où les groupes sortaient des disques à un rythme effréné, il n'a pas
fallu longtemps pour voir Grave Digger produire un deuxième essai.
Alors, des progrès pour les allemands ? Eh bien, oui et non, dans la
mesure où le mieux se transforme facilement en moins bien. Un bon point
indéniable quand même, la production est meilleure, c'est un peu plus
lisible et on a cette fois-ci des vrais solos écoutables et pas du
n'importe quoi de 15 secondes comme sur leur premier opus. On notera
aussi une plus grande cohérence musicale, le propos étant clairement
centré sur un heavy-thrash au tempo quasi uniformément rapide, les
seules exceptions étant la pseudo-ballade Love is a game (où
Boltendahl s'essaye au chant clair, une tentative qu'on qualifiera
généreusement d'hasardeuse) et School's out, qui est une reprise
d'Alice Cooper. Plus cohérent donc, mais du coup également encore
plus répétitif, les riffs se ressemblant pas mal d'une chanson à
l'autre. Et comme le chant est franchement approximatif sur cet opus
(Boltendahl en fait souvent trop, et sa capacité à nuancer ses effets
est proche du zéro absolu), on peut vite se lasser. Et c'est bien
dommage, car niveau instrumental, franchement, c'est sympa, rien de très
original mais les riffs sont efficaces (celui de la chanson titre qui
ouvre l'album notamment) et les refrains fonctionnent (bon, en général
le refrain c'est trois notes). Bref, encore un petit album de heavy de
seconde zone sympa, mais Grave Digger n'a pas encore le niveau pour
prétendre à la première division.
- Grave Digger - War games (1986) ★ ★ ★
Troisième album en trois ans pour Grave Digger, qui continue son
apprentissage mais propose ici un disque plus dans la lignée de leur
premier opus que du suivant. Les allemands cherchent toujours leur voie,
et le virage thrash affirmé de Witch hunter ne devait pas
correspondre suffisamment aux goûts de l'époque, car on retrouve ici une
alternance de titre rapides (le très sympathique Keep on rocking
qui ouvre l'album) et d'autres beaucoup plus lents, typés hard-rock avec
refrains basiques chantés en choeur. On a même droit au retour de la
ballade avec piano, tellement caricaturale qu'on se demande très
franchement si c'est simplement du mauvais goût involontaire, ou s'il y
a une volonté de deuxième degré derrière ce titre (ce n'est d'ailleurs
pas le seul moment où le doute est présent, les choeurs virils qui
chantent Drop the bomb sur le refrain de Enola Gay, ça parait
vraiment trop gros). Quoi qu'il en soit, ça rajoute un côté amusant à un
album qui une fois de plus ne restera pas dans les annales, mais qui est
mine de rien fort sympathique à écouter : la production s'améliore, le
chant de Boltendahl pas vraiment (mais au moins il ne manque pas de
personnalité), et les riffs et autres refrains sont sympathiques. Bien
sûr, les puristes reprocheront au groupe de proposer un album nettement
plus "commercial" que le précédent (il y a même quelques touches de
claviers pour confirmer ce virage), et ils n'auront pas tort pusique
Grave Digger enchaînera ensuite avec un album encore moins musclé,
d'ailleurs publié sous le nom de Digger tout court (pas de
chronique de ma part pour celui-là). Puis le groupe disparaîtra pendant
quelques années avant de renaître de ses cendres et d'enfin trouver
réellement son style. La suite au prochain épisode donc.
- Grave Digger - The Reaper (1993) ★ ★ ★ ½
Après une pause de quelques années, Grave Digger est de retour pour ce
qui constitue pour les fans le premier véritable album du groupe, qui
lancera une deuxième carrière particulièrement productive. Assez
curieusement, le groupe revient à un moment où le metal est dans le
creux de la vague, et surtout propose une musique particulièrement
musclée qui ne correspond clairement pas à l'air du temps. Même si on
retrouve un ou deux titres plus orientés hard rock (Wedding day,
Under my flag, pas ce que l'album propose de plus intéressant
d'ailleurs), la plupart des autres vont à toute blinde et tabassent sec,
portés par une production vraiment efficace pour l'époque. Et si ça
manque un peu de titres vraiment marquants pour que le disque soit
mémorable (on est plus du côté du travail propre et bien fait, avec
solos de rigueur et refrains accrocheurs), ça fonctionne bien, notamment
car les allemands ont trouvé la recette qui leur convient (et qu'ils ne
lâcheront plus pendant un bon moment) : un concept album (ici centré sur
la figure de la Faucheuse) qui donne une unité thématique permettant
tout de même quelques écarts de style bienvenus (la très bonne
Shadows of a moonless night, orientée Iron Maiden, ou le
gothique And the devil plays piano, nettement moins convaincant),
le tout introduit par une piste qui pourrait faire croire que Grave
Digger joue encore la carte de l'humour (claviers datés, voix
trafiquées). En fait non, l'intro est simplement complètement foirée,
mais les allemands sont tout ce qu'il y a de plus sérieux, et semblent
bien décidés à s'installer pour de bon cette fois-ci. Vu leur courbe de
progression depuis leurs débuts, on n'a aucune raison d'en douter.
- Grave Digger - Heart of darkness (1995) ★ ★ ½
Grave Digger deuxième période est devenu un groupe ambitieux, c'est une
évidence au vu de la structure de ce nouvel album : près d'une heure de
musique mais seulement 9 pistes (en comptant l'intro), la chanson titre
culminant à près de 12 minutes. Cette dernière alterne passages
narratifs, instrumentaux, samples plus ou moins douteux (dont notamment
une intervention de Valkyries wagnériennes), choeurs et refrains heavy
mélodiques classiques pour le groupe, mais elle illustre finalement très
bien les qualités et défauts du disque. Oui, il y a la volonté de
proposer une épopée au souffle épique, mais les moyens peinent tout
simplement à suivre. Les riffs ne sont pas toujours très inspirés
(The Grave dancer), l'utilisation des claviers convainc rarement
(la fin de Demon's day), les tentatives de créer des ambiances
marquées tombent partiellement à l'eau (même si l'intro "symphonique" a
un goût de musique de film d'horreur cheap qui la rend sympathique) bref
ce n'est tout simplement pas très bien composé, même si le groupe
conserve une efficacité certaine dans ses refrains. En fait, les
meilleurs titres restent ceux qui se concentrent sur un heavy classique
et pêchu, comme Circle of witches. Finalement un album moyen, en
retrait par rapport aux précédents du groupe, peut-être pas encore assez
mûr pour le virage qu'il a essayé de prendre.
- Grave Digger - Tunes of war (1996) ★ ★ ★
Alors que Grave Digger n'avait pas vraiment réussi à sortir l'album
référence qui le propulserait sur les devants de la scène depuis sa
reformation, ils vont enfin trouver l'ingrédient supplémentaire qui va
leur apporter une réelle popularité (au moins en Allemagne) en
saupoudrant désormais leurs concepts-albums d'un fond historique
moyen-âgeux plus ou moins crédible. Pour cette fois-ci, direction
l'Ecosse et les guerres d'indépendance du 13ème siècle. À quoi peut-on
s'attendre avec un tel thème ? Quelques motifs folkloriques interprétés
à la cornemuse, des samples de batailles et des choeurs virils, et
pourquoi pas une chanson sur William Wallace avec Mel Gibson en guest
star sur le refrain (le film Braveheart est sorti un an avant
l'album) ? Eh bien, les allemands n'ont pas franchement cherché
l'originalité puisqu'on a exactement là les ingrédients du disque (bon,
Mel Gibson en moins, quand même). En résulte un disque de heavy attendu
mais plutôt soigné (comme d'habitude on a droit à un lot de refrains
efficaces, et les interventions des choeurs sont bien fichues), mais
avec assez peu de titres qui se démarquent vraiment (The Dark of the
sun est sympa), une ballade nunuche dont on aurait pu se passer
(brillamment intitulée The Ballad of Mary), et surtout des
compositions qui dépassent rarement un niveau correct, la faute
notamment à ces trop nombreux motifs de notes rapides répétées aux
guitares pour tenter de donner de l'épaisseur à des riffs au fond
relativement convenus. Au bout d'un moment, ça se voit, mais ce sont
probablement les limites intrinsèques d'un groupe calibré pour produire
des albums tout à fait recommandables mais qui ne marqueront pas
l'histoire du genre.
- Grave Digger - Knights of the cross (1998) ★ ★ ★ ★
Après les guerres d'indépendance écossaises, Grave Digger continue à
explorer le Moyen-Âge avec un disque consacré aux Templiers. Un thème un
peu moins contraignant qui leur permet de varier un peu les ambiances
(en évitant pour cette fois les ballades, ce dont on ne se plaindra
pas). On varie entre heavy speed assez bourrin (le début du disque) et
mid tempo porté par des choeurs soignés, qui évitent le piège du "viril
tout le temps" pour donner corps à des refrains très mélodiques, comme
toujours avec les allemands. Et on a même droit pour conclure le voyage
à de l'épique guerrier avec une Battle of Bannockburn qui sent
l'arnaque totale (la participation des Templiers à ladite bataille étant
une thèse très controversée chez les historiens), prétexte à ressortir
du placard les cornemuses de Tunes of war. Mais si l'album manque
de rigueur, et s'il convoque encore un bon petit lot de riffs un peu
faciles, ce n'est pas bien grave, car les allemands ont vraiment trouvé
ici un bel équilibre (même les quelques interventions de claviers façon
orgue pour faire religieux passent comme une lettre à la poste), avec de
vrais titres inspirés (la chanson titre, The Keeper of the holy
grail) et une ambiance qui donne simplement envie d'enchaîner les
titres sans se poser de questions. Quand on arrive au bout, on est prêt
à tout réécouter en boucle sans problème. Sans créer un chef-d'oeuvre
marquant, Grave Digger a enfin réussi à produire un album vraiment
référence dans le genre, sommet indiscutable de son début de carrière.
- Grave Digger - Excalibur (1999) ★ ★ ★ ½
Jamais deux sans trois : pour conclure donc une trilogie consacrée au
Moyen-Âge, Grave Digger fait un peu dans la facilité en se penchant sur
le mythe arthurien. L'occasion pour eux de mêler quelques discrètes
touches folk (on a droit à un peu de flûte de temps en temps) à leur
heavy speed assez carré, même si les choix stylistiques sont souvent
discutables (Lancelot en mode hymne stadier, ça ne colle pas
vraiment à l'idée que je me fais du personnage). Mais bon, au moins
c'est assez varié (plus que sur les deux albums précédents même), avec
notamment un Emerald eyes qui joue la carte de la ballade
contrastée (on a droit à la fois à des violons synthétiques bien
sirupeux et à du chant très viril de Boltendahl) pour un résultat
franchement convaincant. Grave Digger essaye, tente de sortir de sa zone
de confort, mais c'est dommage, le fait sur le disque ayant le fond
musical le moins inspiré des trois (pas mal de riffing bateau ou déjà
entendu chez eux). L'ensemble donne quand même une lecture de ces
légendes qui évite la caricature facile, un disque vraiment intéressant
malgré ses imperfections.
- Grave Digger - The Grave Digger (2001) ★ ★ ★ ½
Alors que sa trilogie médiévale avait permis à Grave Digger d'acquérir
une certaine notoriété, surprise au tournant du millénaire, son chanteur
et leader Chris Boltendahl décide de virer son guitariste pour changer
d'orientation. Fini donc l'épique mélodique, on passe à du heavy
gothique. La caution gothique, c'est celle d'Edgar Allan Poe, dont les
écrits ont influencé pas mal de titres de l'album, sans qu'il s'agisse
d'un album-concept à proprement parler (il ne faut par ailleurs pas
s'attendre à des atmosphères à la King Diamond pour illustrer ces
écrits, les claviers sont de toute façon très discrets sur cet album).
Pour ce qui est du heavy, il y a un clair durcissement du son par
rapport aux albums précédents, et une volonté manifeste de remettre dans
la marmite des ingrédients speed et même thrash qui rappellent les
débuts du groupe, tout en conservant quelques marqueurs des succès
précédents, notamment les choeurs quasi systématiques sur les refrains.
Et ma foi, c'est un style qui va bien à Grave Digger, et notamment au
chant écorché de son chanteur. Du bon tabassage en règle, sans sacrifier
les mélodies, ça donne certes un album assez linéaire et sans grande
surprise, mais beaucoup de titres réussis (le refrain de la chanson
titre, le très bon Haunted palace). C'est d'autant plus dommage
d'avoir décidé de conclure avec la mal nommée Silence, sorte de
ballade foireuse où Boltendahl s'essaye au chant clair (ce n'est pas la
première fois, mais là c'est vraiment pas bon) sur un fond franchement
mou du genou et sans intérêt, ça gâche un poil le plaisir pris sur tout
le reste de l'album. Mais ne faisons pas trop la fine bouche, il s'agit
tout de même globalement d'une belle réussite.
- Grave Digger - Rheingold (2003) ★ ★ ★ ★ ★
Alors même que le leader de Grave Digger avait promis pour son disque
précédent que les concepts-albums et l'inspiration médiévale
appartenaient au passé du groupe, on revient dès le suivant à un
concept-album inspiré par la mythologie nordique, n'y aurait-il pas une
légère incohérence ? Mais attendez, mythologie nordique, Rheingold,
rassurez-moi, c'est juste une coïncidence, ils n'ont quand même pas été
s'abreuver directement à la source wagnérienne ? Eh bien si, et pas
qu'un peu, puisque l'album est une revisite metal de la Tétralogie (et
pas seulement de son volet initial comme le titre pourrait le laisser
entendre, on achève sur un Twilight of the gods aussi définitif
que chez tonton Richard), reprenant très clairement la trame des opéras
dans ses textes et n'hésitant pas à citer nombre de leitmotivs au coeur
de chansons qui restent tout de même très typées heavy mélodique (il y a
juste un peu plus de claviers que d'habitude chez Grave Digger, et on
est revenus à un son nettement moins brutal que sur l'album éponyme).
Normalement, un tel projet aurait du tourner rapidement au désastre.
Sauf que, à ma grande surprise (honnêtement, je n'aurais pas parié
là-dessus, Chris Boltendahl et sa bande ne sont pas des champions de la
subtilité), nos amis allemands exploitent Wagner avec une remarquable
intelligence : les nombreux leitmotivs repris ne sont pas bêtement cités
hors contexte, mais intégrés naturellement aux ponts instrumentaux, et
ça ajoute vraiment une touche inimitable à l'ensemble pour qui maîtrise
son Wagner sur le bout des doigts (ce qui est manifestement le cas des
musiciens du groupe, car on ne s'attend par exemple pas à entendre le
motif du "Heda Hedo" de Donner débouler à la fin de Giants ou à
trouver un rappel subtil des filles du Rhin au moment de la mort de
Siegfried ; même l'incontournable apparition du motif des Valkyries est
inattendu et soigné). Encore mieux, il y a carrément un titre,
Sword, dont le riff principal est repris du motif de la forge et
qui est une sorte de relecture de la chanson de Siegfried forgeant son
épée ! Comme par ailleurs quasiment tous les titres sont
particulièrement inspirés (avec des refrains choraux qui font mouche à
chaque fois, même quand on est à la frontière du mauvais goût, comme les
"Kill, Kill" qui accompagnent Dragon), la seule chose qu'on
regrette à la fin, c'est que le disque ne dure que trois quarts d'heure
(mais le Twilight of the gods final en étant l'un des sommets, on
est quand même heureux de l'atteindre plus rapidement que chez Wagner).
Probablement un album que bien peu d'amateurs de metal ont réellement pu
apprécier à sa juste valeur, mais qui constitue de loin le sommet
inattendu de la carrière de Grave Digger. Rien que pour ce disque-là, je
ne regrette pas d'avoir entamé mon exploration de la discographie à
rallonge du groupe.
- Grave Digger - The Last supper (2005) ★ ★ ★ ½
Changement de cap pour Grave Digger après leur superbe revisite de la
Tétralogie, avec ce nouveau concept album consacré... à Jésus. Oui,
c'est assez bizarre comme idée, et l'intro planante qui tente vainement
d'introduire une ambiance religieuse laisse craindre le gros plantage.
La dernière piste non plus (Always and eternally) n'est pas
franchement à la hauteur avec son accordéon, mais heureusement, tout ce
qui est entre les deux est nettement meilleur. Grave Digger, qui ne
savait manifestement pas sur quel pied danser à l'époque, oublie à
nouveau le style médiéval épique pour proposer un album plus sombre (un
peu comme l'éponyme précédent Rheingold) et franchement teinté
hard rock à la Motörhead (l'enchaînement de Hell to pay et
Soul savior, typiquement). Peu de titres vraiment speed (citons
quand même le très bon Desert rose) mais les allemands font une
fois de plus preuve d'un sacré savoir-faire, les titres efficaces
s'enchaînent, les refrains mélodiques font leur effet, c'est une fois de
plus une réussite pour un groupe qui aura mine de rien aligné une sacrée
série de bons albums au tournant des années 90 et 2000.
- Grave Digger - Liberty or death (2007) ★ ★ ½
Grave Digger est probablement le groupe le plus impressionnant de la
galaxie metal au niveau de la régularité de la sortie des albums :
jamais plus de deux ans entre deux disques, et ça continue quasiment
jusqu'à aujourd'hui (ce qui veut dire qu'il me reste encore une dizaine
d'albums à écouter !). Ne risque-t-il pas au bout d'un moment d'y avoir
un essoufflement, un "album de trop" dans cette longue série ? C'est un
peu le cas de ce Liberty or death : sans être mauvais (les titres
tiennent quand même la route, la production est comme d'habitude
impeccable), il sent terriblement le réchauffé. On prend un concept
passe-partout, on y case pleins de trucs déjà vus des dizaines de fois
chez les allemands (les cornemuses de Highland tears, le côté
hard rock de Forecourt to hell), on recourt aux astuces
classiques (des notes répétées vingt fois pour donner corps à un riff
moyen), et ça donne des chansons qui s'étirent trop souvent au-delà de
ce que la susbtance musicale justifie (plusieurs pistes aux alentours
des six minutes). En fait, la seule vraie nouveauté dans le lot, c'est
le Massada conslusif (après l'accordéon de l'album précédent,
Grave Digger semble avoir une théorie consistant à dire qu'il faut
terminer ses diques par une pseudo-ballade originale) et ses mélopées
orientales. Là on quitte clairement la zone "correct-bof" pour rentrer
dans le "totalement foiré". Sans être une tâche indélébile dans la
discographie de Grave Digger, cet album de 2007 est clairement le moins
bon depuis sa reformation une bonne quinzaine d'années plus tôt.
- Grave Digger - Ballads of a hangman (2009) ★ ★ ★ ½
Après un album un peu en retrait, il y a du nouveau chez Grave Digger.
Si, si, je suis sérieux, ils ont embauché un deuxième guitariste ! Bon,
ok, ça ne change absolument rien à la musique produite. Autre petit
changement, la ballade bizarre (Lonely the innocence dies) est
cette fois-ci insérée en plein milieu du disque, et elle fait intervenir
une chanteuse invitée dans une curieuse ambiance de cabaret dégénéré,
assez intéressante d'ailleurs même si ça colle assez peu avec le reste
du disque. Le reste, on sera vite rassurés (après une introduction
mélodique par ailleurs très réussie), c'est du Grave Digger pur jus, qui
se recentre même sur ses fondamentaux en proposant plus de titres au
tempo très enlevé (Sorrow of the dead) et à la durée réduite (le
CD dépasse à peine les 40 minutes). Rien qui dépasse donc, mais du riff
bien efficace, des refrains qui fonctionnent, bref ce que les allemands
savent faire, sans fioritures mais avec une indiscutable efficacité
(seul le single Pray casé à la fin du disque est franchement
décevant). Si on cherche du heavy classique, qui n'invente rien mais qui
décrasse bien les oreilles, Grave Digger montre là qu'il est encore une
bonne adresse.
- Grave Digger - The Clans will rise again (2010) ★ ★ ★ ½
Toujours en pleine forme au moment de débuter une nouvelle décennie au
service du metal, Grave Digger revient pour ce 14ème album chroniqué par
mes soins (plus un quinzième sous le nom de Digger tout court) à
un thème qui lui est cher et qui lui a déjà valu quelques succès dans le
passé, les guerres de clans de l'Ecosse médiévale. Ressortez les
cornemuses et les airs folkloriques, mais n'oubliez pas de les
assaisonner de choeurs bien martiaux et de guitares acérées, et avec le
savoir-faire des allemands, ça devrait donner un album qui roule tout
seul. De fait, c'est à nouveau à un disque très solide sans être le
moins du monde révolutionnaire qu'on a droit, quelques titres sortent du
lot (Hammer of the scots, Execution) et on ne note
pratiquement aucune faute de goût. Le seul point faible du disque, c'est
le nouveau guitariste (le groupe s'étant débarassé des deux qui
officiaient sur leur album précédent pour revenir à une formation à un
seul gratteux) qui propose des solos vraiment complètement foireux (on a
même l'impression à l'écoute qu'il a du mal à les exécuter !). Dommage,
mais l'ensemble reste très largement recommandable, sensiblement au même
niveau que Ballads of a hangman.
- Grave Digger - Clash of the gods (2012) ★ ★ ★
Bon, alors, quoi de neuf sur cette nouvelle livraison de Grave Digger ?
Pas grand chose, comme d'habitude ? En effet, on peut compter sur les
allemands pour proposer à chaque album une nouvelle série de titres
efficaces avec leur lot de refrains imparabales chantés en choeur. Tout
de même, ne soyons pas trop médisants, on notera sur ce disque une
première piste surprenante (accordéon et chanteur invité pas vraiment
raccords avec le style du groupe), et surtout une présence plus
importante que d'habitude des claviers et de motifs orientaux
apparemment dûs au thème de ce concept album (bon, le thème, c'est
plutôt les dieux de la Grèce antique, mais vu d'Allemagne on va dire que
ça reste à l'Est). C'est suffisant pour maintenir l'intérêt de
l'auditeur sur un disque assez court (moins de trois quarts d'heure)
même si on ne peut pas cacher qu'on sent un peu les allemands en mode
service minimum. Mais le service minimum chez Grave Digger restant d'une
qualité tout à fait appréciable, à l'exception près des soli du nouveau
guitariste que je n'aime décidément vraiment pas (manque de chance, il
est encore dans le groupe à l'heure actuelle), on a droit une fois de
plus à un bon petit album, même si sûrement pas un sommet de la
discographie du groupe.
- Grave Digger - Return of the reaper (2014) ★ ★ ★ ½
Le retour de la faucheuse ? Dans la mesure où ça fait 25 ans que Grave
Digger n'a pas vraiment pris de pause, faut-il y voir une volonté de
retour aux sources stylistique de la part des allemands ? En même temps,
on ne peut pas vraiment dire que leur style ait vraiment beaucoup évolué
au fil du temps, pour faire un bel euphémisme... Mais de fait, on sent
dans cet enième opus une volonté nette de produire un disque un poil
moins prévisible (l'intro au clavecin de Death smiles at all of
us), mais surtout nettement plus agressif que ses prédécesseurs.
Après une intro un peu facile (la marche funèbre de Chopin au piano,
pimentée de quelques bruitages), les premiers titres (Hell
funeral, War god) sont bien rapides et rentre-dedans, un
thrash speed comme le groupe en proposait à ses tout débuts. Ne rêvons
pas non plus, on retrouve malgré tout les ingrédients habituels (des
riffs efficaces mais pas franchement révolutionnaires, du refrain choral
presque systématique, mais aussi une ballade sans grand intérêt pour
conclure le disque, et, hélas, les solos définitivement pas terribles
d'Axel Ritt), mais dans un format condensé (pas mal de titres aux
alentours des trois minutes, on ne se perd pas en bavardages inutiles)
qui permet de faire passer la pilule vraiment aisément. Encore un bon
disque à déposer sur la pile déjà conséquente de ceux produits par Grave
Digger.
- Grave Digger - Healed by metal (2017) ★ ★ ½
Leur album précédent, le plus nerveux depuis un moment, aurait-il
fatigué Chris Boltendahl et sa bande ? Il leur a en tout cas fallu trois
ans pour lui proposer un successeur, un temps inhabituellement long pour
eux. Bon, certes, ils ont camouflé la chose avec un album de
ré-enregistrements de quelques-uns de leurs premiers tubes entre temps,
mais ça ne prend pas avec moi. Est-ce (enfin, serait-on tenté de dire)
un signe d'essouflement ? Oui et non. Oui, car l'album est assez
clairement l'un des plus faibles de la discographie du groupe, à cause
d'une certaine paresse dans la réalisation : un titre d'ouverture (la
chanson titre) trop typé gros rock qui manque de subtilité, beaucoup
trop de titres qui en rappellent furieusement une bonne dizaine tirés
des albums précédents des allemands (typiquement When the night
falls, c'est pas mauvais, mais c'est réchauffé de chez réchauffé),
et un côté "service minimum" avec des chansons calibrées autour des
trois minutes (et un ajout de deux bonus pour à peine atteindre les
trois quarts d'heure au total). Mais non quand même, car à la troisième
écoute on se dit quand même que ça reste dans l'ensemble du bon metal,
avec des refrains qui fonctionnent (celui de Call for war par
exemple), des structures classiques mais efficaces (Kill ritual),
et une production toujours à la hauteur. Alors ce n'est pas l'album de
Grave Digger qu'on emportera avec soi en vacances si on manque un peu de
place dans sa valise, mais on ne peut pas vraiment parler de réelle
déception non plus.
- Grave Digger - The Living dead (2018) ★ ★ ★
Le hiatus de trois ans entre les deux albums précédents du groupe
n'était finalement qu'une anomalie, Grave Digger a manifestement encore
des choses à dire et n'a attendu qu'un an pour enchaîner avec ce disque
dont le thème, pourtant extrêmement rebattu dans le monde du metal, peut
presque paraître surprenant pour les allemands, habituellement plutôt
portés sur les concepts historiques. Une occasion de remettre un peu
d'agressivité dans leur musique après un Healed by metal
légèrement planplan ? Oui, ça tabasse un peu plus dès le début, avec un
Fear of the living dead vraiment thrash mais un peu plombé par un
refrain choral trop long et bancal (c'est pourtant un point fort
habituellement chez Grave Digger). Le reste du disque sera à l'avenant,
avec de très bonnes intentions mais quelques maladresses qui empêchent
d'être totalement enthousiaste (des choeurs trop présents sur The
Power of metal, un clavier curieusement envahissant sur Insane
pain). Il y a pourtant de très bons titres dans le lot, notamment un
Shadow of the warrior vraiment bien construit, qui montre une
fois de plus que, même quand on a dépassé la barre des 200 chansons
écrites depuis le début de sa carrière, on peut encore produire de la
très bonne qualité. Et puis, on peut encore innover en concluant l'album
par une improbable Zombie dance, mixture peu ragoûtante de polka
avec accordéon et de heavy metal (à défaut d'être vraiment
recommandable, c'est rigolo). Porté comme d'habitude par une production
impeccable, voilà encore un disque qui ne fera pas tâche au milieu des
nombreuses réussites de Grave Digger.
- Grave Digger - Fields of blood (2020) ★ ★ ★ ★
Pour fêter dignement ses 40 ans de carrière et son 20ème album studio
(respect, quand même !), Grave Digger a eu l'idée extrêmement originale
de retourner une fois de plus sur les champs de bataille de l'Ecosse
médiévale, et de ressortir par la même occasion les cornemuses déjà
exploitées quelques fois tout au long de leur riche discographie. Bon
ok, c'est un peu facile, et les ronchons nostalgiques ne manqueront pas
de comparer avec dédain à un Tunes of war qui est pourtant bien
loin d'être un sommet, mais il s'avère en fait que c'est ce qu'il
fallait pour redonner au groupe un coup de fouet salutaire et lui
permettre de sortir tout simplement l'un de ses tout meilleurs disques.
La première moitié du disque est même assez exceptionnelle, avec un
All for the kingdom qui rentre dedans bien comme il faut, des
refrains guerriers qui ont retrouvé une évidence bienvenue (Lions of
the sea), et même une superbe ballade (Thousand tears chantée
en duo). Les interventions de cornemuses sont stratégiquement placées,
il y a peu de titres passe-partout (même si la deuxième partie du disque
est objectivement beaucoup plus quelconque), et Grave Digger se permet
même l'ambition de terminer par une chanson titre fleuve de 10 minutes
(ça fait très longtemps qu'on n'avait pas eu droit à ça de leur part)
assez bien fichue, suivie par une conclusion symphonique en hommage aux
combattants de ces guerres oubliées, qui fait son petit effet. Si même
les moins bons albums du groupe conservaient toujours une qualité
au-dessus de la moyenne, celui-ci a de quoi rendre jaloux bien des
groupes dont les musiciens n'étaient pas nés quand Grave Digger a
commencé à faire de la musique.
- Grave Digger - Symbol of eternity (2022) ★ ★
Après un Fields of blood très percutant, on se doutait bien que
l'heure de la retraite n'avait toujours pas sonné pour Grave Digger. Et
pourquoi ne pas pérenniser un concept qui marche ? En situant leur
nouvel album au temps des croisades, les allemands semblent cette
fois-ci vouloir donner une suite à leur classique Knights of the
cross. Sauf que cette fois-ci, la copie est bien loin de valoir
l'original... Déjà, on retrouve les défauts de beaucoup de disques
récents du groupe, avec des titres certes tout à fait corrects, mais qui
manquent quand même de réelle accroche et sont proches de tomber dans la
routine. C'est particulièrement vrai ici sur les mid tempo (la chanson
titre notamment, pas grand chose de bon à en sauver, sûrement pas en
tout cas son solo), les titres plus brutaux de début d'album s'en
sortant plus honorablement (Battle cry, King of the
kings). Mais ils sont eux aussi plombés par un défaut pour le coup
très inhabituel pour Grave Digger : une production assez ratée, trop
rêche et mal mixée. Il semblerait que les musiciens aient décidé de
reprendre la main sur ce point pour cet album, ils auraient vraiment
mieux fait de s'abtenir, car c'est le point qui fait basculer d'un album
correct sans plus à une petite mais réelle déception. Pour tout dire, il
faut attendre le bonus Hellas hellas chanté en grec pour vraiment
prendre son pied, dommage.
- Grave Digger - Bone collector (2025) ★ ★ ★ ½
Si on suit la logique de leurs deux sorties précédentes, le dernier
album de Grave Digger aurait du être une suite de leur Excalibur
de 1999. Bon ben pas du tout, le groupe a préféré une sorte d'énième
retour aux sources, avec un disque de heavy à tendance speed/thrash
selon les pistes tout ce qu'il y a de plus classique (on oublie les
petits arrangements orchestraux parfois présents chez Grave Digger),
mais assez irrésistible, au moins sur la première moitié de l'album. On
démarre en effet sur les chapeaux de roue avec une chanson titre bien
rentre-dedans, porté par une production qui a retrouvé le niveau
habituel du groupe (donc excellente) et le genre de refrain hyper simple
mais efficace dont les allemands ont le secret. D'autres petites bombes
sont ensuite présentes, notamment Killing is my business (un
hommage aux collègues de Megadeth ?), mais aussi des titres plus
quelconques, surtout en fin de disque (les quelques poils de growl sur
Mirror of hate n'ont par exemple aucun intérêt). L'ensemble reste
de très bonne qualité, et se conclut avec la ballade de rigueur,
Whispers of the damned, qui traîne trop en longueur, mais dont la
fin complètement suspendue peut être vue comme une promesse que Grave
Digger n'est toujours pas près de raccrocher les gants. Et c'est tant
mieux, dans la mesure où ils continuent à proposer régulièrement depuis
plusieurs décennies de fort bons albums.